‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 325 sur 593 · SCÈNE IV. - PSYCHÉ, LE DIEU DU FLEUVE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. - PSYCHÉ, LE DIEU DU FLEUVE

PSYCHÉ

Cruel destin , funeste inquiétude !

Fatale curiosité !

Qu’avez-vous fait, affreuse solitude,

De toute ma félicité? •

J’aimois un dieu, j’en étois adorée.

Mon bonheur redoubloit de moment en moment;

Et je me vois seule , éplorée ,

Au milieu d’un désert, où, pour accablement,

Et confuse et désespérée.

Je sens croître l’amour quand j’ai perdu l’amant.

Le souvenir m’en charme et m’empoisonne.

Sa douceur tyrannise un cœur inforluné

Qu’aux plus cuisants chagrins ma tlainmc a condamné.

O ciel! quand l’Amour m’abandonne,

Poui'([uoi me laisse-t-il l’amour qu’il m’a donné?

Source de tous les biens, inépuisable et pure,

PSYCHÉ

Maître des hommes et des dieux,

Cher auteur des maux que j’endure,

Êtes- vous pour jamais disparu de mes yeux?

Je vous eu ai banni moi-même :

Dans un excès d’amour, dans un bonheur extrême,

D’un indigne soupçon mon cœur s’est alarmé :

Cœur ingrat! tu n’avois qu’un feu mal allumé;

Et l’on ne peut vouloir, du moment que l’on aime,

Que ce que veut l’objet aimé.

Mourons, c’est le parti qui seul me reste à suivre.

Après la perte que je fais.

Pour qui , grands dieux ! voudrois-je vivre?

Et pour qui former des souliaits?

Fleuve, de qui les eaux baignent ces tristes sables. Ensevelis mon crime dans tes flots ;

Et, pour finir des maux si déplorables.

Laisse-moi dans ton lit assurer mon repos.

LB DIEü DU FLEUVE.

Ton trépas souilleroit mes ondes ',

Psyché ; le ciel te le défend ;

Et peut-être qu’après des douleurs si profondes.

Un autre sort t’attend.

Fuis plutôt de Vénus l’implacable colère :

.le la vois qui te cherche et qui te veut punir ;

L’amour du fils a fait la haine de la mère.

Fuis, je saurai la retenir.

PSYCHÉ

J’attends scs fureurs vengeresses ;

Qu’auront-elles pour moi qui ne me soit trop doux?

Qui cherche le trépas ne craint dieux ni déesses.

Et peut braver tout leur courroux.

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