SCÈNE III. — PSYCHÉ, seule
Pauvres amants! Leur amour dure encore!
Tout morts qu’ils sont, l’un et l’autre m’adore,
-Moi, dont la dureté reçut si mal leurs vœux!
' < Corneille, dit M. Saint-Marc Girardin, à propos de cette scène, a aussi puni dans son drame les soeurs de Psyché; mais leur châtiment n’a point avec leur
crime le rapport ingénieux et moral inventé par La Funlaine La Fontaine,
qui, en vrai fabuliste, tient à la moralité de ses histoires, a voulu punir les deux soeurs de leur méchanceté. Il raconte donc qu'ayant appris que l’Amour avait répudié Psyché, elles espérèrent remplacer leur soeur, et allèrent sur le rocher où Psyché avait été enlevée par l'Amour; elles n’y trouvèrent, au lieu de Zéphyre, pour les transporter dans le palais de l’Amour, qu’un grand vent qui les précipita du haut en bas du rocher. Elles descendirent aux enfers, où Psyché les retrouva quand elle fut forcée d’y descendre, vivante encore, pour aller demander à Proserpine une boite de fard ; c’claii une des épreuves que la colère de Vénus faisait subir à Psyché. Aux enfers, la jalousie faisait le châtiment des soeurs de Psyché, comme elle avait fait leur crime :
< Là les soeurs de Psyché, dans l’importune glace
> D'un miroir que sans cesse elles avoiènt en face,
> Revoyoient leur cadette heureuse et dans les bras,
> Non d’un monstre effrayant, mais d'un dieu plein d’appas.»
» La Fontaine a eu raison de punir les deux envieuses par où elles avaient péché. C’est le propre, en effet, do l'envie de se servir à elle-même de bourreau. L'envieux ne peut pas supporter le bonheur d’autrui ; mais par là eu même temps il détruit le sien. >
PSYCHÉ
Tu n’en fais pas ainsi , (oi qui seul m’as ravie ,
Amant que j’aime encor cent fois plus que ma vie,
Et qui brises de si beaux nœuds!
Ne me fuis plus, et souffre que j’espère Que tu pourras un jour rabaisser l’œil sur moi,
Qu à force de souffrir j’aurai de quoi te plaire,
De quoi me renjjager ta foi.
Mais ce que j’ai souffert m’a trop défigurée ,
Pour rappeler un tel espoir.
L’œil abattu, triste, désespérée,
Languissante et décolorée.
De quoi puis-je me prévaloir,
Si , par quelque miracle impossible à prévoir.
Ma beauté qui t’a plu, ne se voit réparée?
Je porte ici de quoi la réparer :
Ce trésor de iDcauté divine Qu’en mes mains pour Vénus a remis Proserpine, Enferme des appas dont je puis m’emparer;
Et l’éclat en doit être extrême ,
Puisque Vénus, la beauté meme,
Les demande pour se parer.
En dérober un peu, seroit-ce un si grand crime?
Pour plaire aux yeux d’un dieu qui s’est fait mon amant. Pour regagner son cœur et finir mon tourment,
Tout n’est-il pas trop légitime?
Ouvrons. Quelles vapeurs m’offusquent le cerveau?
Et que vois-je sortir de cette boîte ouverte?
Amour, si ta pitié ne s’oppose à ma perte,
Pour ne revivre plus je descends au tombeau.
(Elle s'êvanouil, cl l'Amour descend auprès d’elle en voUnl.)