‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 34 sur 593 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

FROSINE

Il y a de certains services qui touchent merveilleusement.

Je suis votre valet ; et tu ne connois pas encore le seigneur Harpagon. Le seigneur Harpagon est, de tous les humains , l’humain le moins humain , le mortel de tous les mortels le plus dur et le plus serré. Il n’est point de service qui pousse sa reconnoissance jusqu’à lui faire ouvrir les mains. De la louange, de-l’estime, de la bienveillance en paroles, et de l’amitié, tant qu’il vous plaira ; mais de l’argent, point d’affaires. H n’est rien de plus sec et de plus aride que ses bonnes grâces et ses caresses ; et donner est un mot pour qui il a tant d’aversion, qu’il ne dit jamais, Je vous donne, mais Je vous prêle le bonjour.

FROSINE

Mon Dieu ! je sais l’art de traire les hommes ; j’ai le secret de m’ouvrir leur tendresse, de chatouiller leurs cœurs, de trouver les endroits par où ils sont sensibles.

LA FLÈCHE

Bagatelles ici. Je te défie d’attendrir, du côté de l’argent, l’homme dont il est question. Il est Turc là-dessus, mais d’une lurquerie à désespérer tout le monde ; et l’on pourroit crever, qu’il n’en branleroit pas. En un mot, il aime l’argent plus que réputation, qu’honneur et que vertu ; et la vue d’un demandeur lui donne des convulsions ; c’est le frapper par son endroit mortel, c’est lui percer lè cœur, c’est lui arracher les entrailles; et si... Mais il revient : je me retire.

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