SCÈNE 1. - GÉRONTE, ARGANTE
CÉRONTE.
Oui, sans doute, par le temps qu’il fait, nous aurons ici nos gens aujourd’hui; et un matelot qui vient de Tarente m’a assuré qu’il avoit vu mon homme qui étoit près de s’embarquer. Mais l’arrivée de ma fille trouvera les choses mal disposées à ce que nous nous proposions; et ce que vous venez de m’apprendre de votre fils rompt étrangement les mesures que nous avions prises ensemble.
ARGANTE
Ne vous mettez pas en peine; je vous réponds de renverser tout cet obstacle, et j’y vais travailler de ce pas.
GÉRONTE
Ma foi, seigneur Argante, voulez-vous que je vous dise? l’éducation des enfants est une chose à quoi il faut s’attacher fortement.
ARGANTE
Sans doute. A quel propos cela?
LES FOURBERIES DE SCAPIN
CÉnONTE.
A propos de ce que les mauvais déportemenls des jeunes gens viennent le plus souvent de la mauvaise éducation que leurs pères leur donnent.
AHCANTE.
Cela arrive parfois. Mais que voulez- vous dire par-là?
GÉRONTE
Ce que je veux dire par là?
ARGANTE
Oui.
CÉRONTE.
Que si vous aviez , en brave père , bien morigéné votre fils, il ne vous auroit pas joué le tour qu’il vous a fait.
ARGANTE
Fort bien. De sorte donc que vous avez bien mieux morigéné le vôtre?
GÉRONTE
Sans doute , et je serois bien fâché qu’il m’eût rien fait approchant de cela.
ARGANTE
Et si ce fils, que vous avez, en brave père, si bien morigéné, avoit fait pis encore que le mien? Hé?
GÉRONTE
Comment?
Comment ?
GÉRONTE
Qu’est-ce que cela veut dire ?
ARGANTE
Cela veut dire, seigneur Gérontc, qu’il ne faut pas cire si prompt à condamner la conduite des autres ; et que ceux qui veulent gloser doivent bien regarder chez eux s’il n'y a rien qui cloche.
GÉRONTE
Je n’entends point cette énigme.
ARGANTE
On vous l’expliquera.
GÉRONTE
Est-ce que vous auriez ouï dire quelque chose de mon fils? ARGANTE.
Cela se peut faire.