ACTE H, SCÈNE VIII
nfi puis souffrir, et je viens de consulter des avocats pour le faire casser.
SCAPIN
Ma foi , monsieur , si vous m’en croyez , vous tâcherez, par quelque autre voie, d’accommoder l’affaire. Vous savez ce que c’est que les procès en ce pays-ci, et vous allez vous enfoncer dans d’étranges épines.
Tu as raison, je le vois bien. Mais quelle autre voie?
SCAPIN
Je pense que j’en ai trouvé une'. La compassion que m’a donnée tanlôt votre chagrin m’a obligé à chercher dans ma tète quelque moyen pour vous tirer d’inquiétude ; car je no saurois voir d’honnêtes pères chagrinés par leurs enfants, que cela ne m’émeuve; et, de tout temps, je me suis senti pour votre personne une inclination particulière.
ARGANTE
Je te suis obligé..
SCAPIN
J’ai donc été trouver le frère de cette fille qui a été épousée. C’est un de ces braves de profession , de ces gens qui sont tout coups d’épée, qui ne parlent que d’échiner, et ne font non plus de conscience de tuer un homme que d’avaler un verre de vin. Je l’ai mis sur ce mariage, lui ai fait voir quelle facilité offroit la raison de la violence pour le faire casser, vos prérogatives du nom de père, et l’appui i|ue vous donneroient auprès de la justice, et votre droit, et votre argent, et vos amis. Enfin, je l’ai tant tourné de tous les côtés, qu’il a prêté l’oreille aux propositions que je lui ai faites d’ajuster l’affaire pour quelque somme ; et il donnera son consentement à rompre le mariage, pourvu que vous lui donniez de l’argent.
ARGANTE
Et qu’a-t-il demandé ?
SCAPIN
Oh ! d’abord des choses par-dessus les maisons.
ARGANTE
El quoi ?
' Dans Térencc, Gcta (lu de même à Chréiiiés :< En rcnechissanl avec allcnliou « voire malin iir, je crois en vérité avoir trouvé le moyen d'y reméiliei'. >
LES FODliBEHIES DE SCAPIN.
SCAPIN
Des choses extravagantes.
AUC ANTE.
Mais encore?
SCAPIN
Il ne parloit pas moins de cinq ou six cents pistoles.
ARCANTE.
Cinq ou six cents fièvres quartaines qui le puissent serrer! Se moque-t-il des gens?
SCAPIN
C’est ce que je lui ai dit. J’ai rejeté bien loin de pareilles propositions , et je lui ai bien fait entendre que vous n’étiez point une dupe, pour vous demander des cinq ou six cents pistoles. Enfin , après plusieurs discours , voici où s’est réduit le résultat de notre conférence. Nous voilà au temps, m’a-t-il dit, que je dois partir pour l’armée; je suis après a m’équiper, et le besoin que j’ai de quelque argent me fait consentir, malgré moi, à ce qu’on me propose. II me faut un cheval de service , et je n’en saurois avoir un qui soit tant soit peu raisonnable, à moins de soixante pistoles.
ARCANTE.
Hé bien! pour soixante pistoles, je les donne.
Il faudra les harnois et les pistolets; et cela ira bien à vingt pistoles encore.
.ARCANTE.
Vingt pistoles et soixante, ce seroit quatre-vingts.
SC.APIN
Justement
ARCANTE.
C’est beaucoup; mais, soit; je consens à cela.
SCAPIN
Il lui faut aussi un cheval pour monter son valet, qui coûtera bien trente pistoles.
ARCANTE.
Comment, diantre! Qu’il se promène, il n’aura rien du tout.
SCAPIN
Monsieur!
ARCANTE.
Non : c’est un impertinent.