‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 380 sur 593 · ACTE II, SCENE XI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE XI

voie vous dire que si vous ne lui envoyez par moi , tout à l'heure, cinq cents écus, il va vous emmener votre fils en Alger.

CKUONTE.

Comment, diantre! cinq cents écus!

SCAPIN

Oui, monsieur; et, de plus, il ne m’a donné pour cela que deux heures.

GÉRONTE

Ah! le pcndard de Turc! m’assassiner de la façon!

SCAPIN

C’est à vous, monsieur, d’aviser promptement aux moyens de sauver des fers un fils que vous aimez avec tant de tendresse.

GÉRONTE

Que diable alloit-il faire dans cette galère* ?

Il ne songeoit pas à ce qui est arrivé.

GÉRONTE

Va-t'en , Scapin , va-t’en vite dire à ce Turc que je vais envoyer la justice après lui.

SCAPIN

La justice en pleine mer! Vous moquez-vous des gens?

GÉRONTE

Que diable alloit-il faire dans cette galère?

SCAPIN

Une méchante destinée conduit quelquefois les personnes.

GÉRONTE

Il faut, Scapin, il faut que tu fasses ici l’action d’un serviteur fidèle.

SCAPIN

Quoi, monsieur?

GÉRONTE

Que tu ailles diie à ce Turc qu’il me renvoie mon fils, et

‘Ce mot, qui est devenu un dicton popiibire. est emprunté au Pédant joué de Cyrano de Bcrqcrac, acte H, scem s iv et v. Dans une situation à peu prés analogue, Granger, qui joue dans le Pédant le même rôle que Géronte, dans les Fourberies, répète à plusieurs reprises : — Que dialrle aller faire aussi dans la galère d’un Turc? d’un Turc! — Que dialile aller faire dans la galère d'un Tnic? Et quoi faire, de par tous les diables, dans lu galère d’un Turc? 0 galère 1 galère 1 tu mets bien ma bourse aux galères.

LES FOÜRBEHIES DE SCAPIN

que tu te mettes a sa place jusqu’à ce que j’aie amassé la somme qu’il demande.

SCAPIN

Hé! monsieur, songez-vous à ce que vous dites? et vous figurez-vous que ce Turc ait si peu de sens que d’aller recevoir un misérable comme moi à la place de votre fils?

GÉRONTE

Que diable alloit-il faire dans cette galère?

SCAl'IN.

Il ne devinoit pas ce malheur. Songez , monsieur, qu’il ne m’a donné que deux heures.

GÉRONTE

Tu dis qu’il demande...

SCAPIN

Cinq cents écus.

GÉRONTE

Cinq cents écus ! N’a-t-il point de conscience?

SCAPIN

\ raiment oui, de la conscience à un Turc!

GÉRONTE

Sait-il bien ce que c’est que cinq cents écus?

Oui, monsieur; il sait que c’est mille cinq cents livres. GÉRONTE.

Croit-il, le traître, que raille cinq cents livres se trouvent dans le pas d’un cheval?

SCAPIN

Ce sont des gens qui n’entendent point de raison. GÉRONTE.

Mais que diable alloit-il faire à cette galère?

SCAPIN

est vrai. Mais quoi ! on ne prévoyait pas les choses. De grâce, monsieur, dépêchez!

GÉRONTE

Tiens, voilà la clef de mon armoire.

Don.

Tu rouvriras.

SCAPIN

GÉRONTE

Fort bien.

SCAPIN

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