‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 381 sur 593 · ACTE 11, SCENE XI · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCENE XI

CÉRONTE.

l'u trouveras une grosse clef du eôlé gauche, qui est celle de mon grenier.

SCAPIN

Oui.

CÉRONTE.

Tu iras prendre toutes les hardes qui sont dans cette grande manne, et tu les vendras aux fripiers pour aller racheter mon fils.

SCAPIN , en lui rcndanl la clef..

Eh! monsieur, rêvez-vous? Je n’aurois pas cent francs de tout ce que vous dites; et, de plus, vous savez le peu de temps qu’on m’a donné >.

(’/LRONTE.

Mais que diable alloit-il faire à cette galère?

SCAPIN

Oh! que de paroles perdues! Laissez là cette galère, et songez que le temps presse , et que vous courez risque de perdre votre fils. Hélas! mou pauvre maître! peut-être que je ne te verrai de ma vie , et qu’à l’heure que je parle on t’emmène esclave en Alger. Mais le ciel me sera témoin que j’ai fait pour toi tout ce que j’ai pu ; et que , si tu manques à être racheté, il n’en faut accuser que le peu d’amitié d’un père.

CÉRONTE.

Attends, Scapin, je m’en vais quérir celte somme.

SCAPIN

Dépêchez donc vite, monsieur; je tremble que l’heure ne sonne.

CÉRONTE.

N’est-ce pas quatre cents écus que tu dis?

SCAPIN

Non. Cinq cents écus.

CÉRONTE.

Cinq cents écus ’

' Dans le Pédant joué, le vieillard dil à Corbinelli : « Va prendre dans mes armoires ce pourpoint découpé que quitta l’eu mou pore Tanncc du grand hiver. > Ce trait est du meilleur comique, et Molière l’a embelli en le mcLiani on action. La colère de Géroute contre les Turcs, qui n’oni pas de conscience^ la disiraction qui lui fait rcinetire la bourse dans sa poche, tout ce tpii suit ehlin, a|i|»îirlienl à Molière. (Aimé Marlin )

LES EOimnEHIES DE SCAPiN

ÎO »

sr.APix.

Oui,

OÉRONTE.

Que diable alloit-il faire à celle galère?

SC.VPIN.

Vous avez raison ; mais hâtez-vous.

f.LllONTE.

N’y avoit-il point d’autre promenade?

SC AP IN

Cela est vrai; mais faites promptement.

GÉUONTE.

Ah! maudite galère!

SCAPIN, à pari.

Cctlc galère lui tient au cœur.

GÉHONTE.

Tiens, Scapin, je ne me souvenois pas que je viens justement de recevoir cette somme en or, et je ne croyois pas qu’ci dût m’être si tôt ravie. (Tirant sa boiuse de sa poclie, Cl h prcscüiant à Scapin.) Tiens, va-t’en racheter mon fils.

scapin , tendant la main.

Oui, monsieur.

GÉltONTE, retenant sa bourse, qu'il fait semblant de vouloir donner i Scapin.

Mais dis à ce Turc que c’est un scélérat.

SC.APIN , tendant encore la main.

Oui.

GÉRONTE , recommençant la m£me action.

Un infâme.

SCAPIN , tendant toujours la main.

Oui.

GÉRONTE , lie même.

Un homme sans foi, un voleur.

Laissez-moi faire.

GÉRONTE , de même.

Qu’il me tire cinq cents écus contre toute sorte de droit

SCAPIN

Oui.

GÉRONTE, de même

Que je ne les lui donne ni à la mort ni à la vie.

SCAPIN

Fort bien.

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