SCÈNE I. - ZERBINETTE, HYACINTE, SCAl'lN, SYLVESTRE
SYLVESTRE
Oui , VOS amants ont arrêtô entre eux que vous fussiez ensemble ; et nous nous acquittons de l’ordre qu’ils nous ont donné.
HYACIME, àZerbincllc.
Un tel ordre n’a rien qui ne me soit fort agréable. Je reçois avec joie une compagne de la sorte ; et il ne tiendra pas à moi que l’amitié qui est entre les personnes que nous aimons ne se répande entre nous deux.
ZERBINETTE.
J’accepte la proposition, et ne suis point personne à reculer lorsqu’on m’attaque d’amitié.
SCAPIN
Et lorsque c’est d’amour qu’on vous attaque?
ZERBINETTE.
Pour l’amour, c’est une autre <;bose; on y court un peu plus de risque, et je n’y suis pas si hardie.
SOABIN.
Vous l’êtes, que je crois; contre mon maître maintenant; et ce qu’il vient de faire pour vous doit vous donner du cœur pour répondre comme il faut à sa passion.
ZERBINETTE.
Je ne m’y fie encore que de la bonne sorte; et ce n’est pas assez pour m’assurer* entièrement, que ce qu’il vient de faire. J’ai l’humeur enjouée , et sans cesse je ris ; mais , lOiit en riant, je suis sérieuse sur de certains chapitres; et ton maître s’abusera, s’il croit qu’il lui suffise de m’avoir achetée, pour me voir toute à lui. Il doit lui en coûter autre chose que de l’argent; et, pour répondre à son amour de la manière qu’il souhaite , il me faut un don de sa foi , qui
' Pour ratsuTtr,
4o8 LES FOURBERIES DE SCA.PIN.
soU assaisonné de certaines cérémonies qu’on trouve nécessaires.
SCAPIN
C’est là aussi eomnie il l’entend. Il ne prétend à vous qu’en tout bien cl en tout honneur; et je n’aurois pas été liomme à me mêler de celte affaire , s’il avoit une autre pensée.
ZERniNF.TTE.
C’est ce que je veux croire , puisque vous me le dites ; mais, du côté du père, j’y prévois des empêchements.
SCAPIN
Nous trouverons moyen d’accommoder les choses.
HYACINTE , à Zerliinettc.
La ressemblance de nos destins doit contribuer encore à faire naître notre amitié; et nous nous voyons toutes deux dans les mêmes alarmes , toutes deux exposées à la même infortune.
ZERBINETTE.
Vous avez cet avantage au moins, que vous savez de qui vous êtes née, et que l’appui de vos parents, que vous pouvez faire connoître , est capable d’ajuster tout , peut assurer votre bonheur, et faire donner un consentement au mariage qu’on trouve fait. Mais, pour moi, je ne rencontre aucun secours dans ce que je puis être; et l’on me voit dans un état qui n’adoucira pas Les volontés d’dn père qui ne regarde que le bien.
HYACINTE.
Mais aussi avez-vous cet avantage, que l’on ne tente iwint, par un autre parti, celui que vous aimez.
. ZERBINETTE.
Le changement du cœur d’un amant n’est pas ce quon peut le plus craindre. On se peut naturellement croire assci de mérite pour garder sa conquête ; et ce que je vois de plus redoutable dans ces sortes d’affaires , c’est la puissanc* paternelle, auprès de qui tout le mérite ne sert de rien.
IIVACINTE.
Hélas ! pourquoi faut-il que de justes inclinations se trouvent traversées? La douce chosi' que d’aimer, lorsque l on ne voit point d’obstacles à ces aimables chaines dont deux cœurs SC lient ensemble !