‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 407 sur 593 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LA COMTESSE

Et il ne vous a rien dit ?

JULIE

Non , madame ; et il a voulu témoigner par là qu’il est tout entier à vos charmes.

LA COMTESSE

Vraiment, je le veux quereller de celte action. Quelque amour que l’on ait pour moi, j’aime que ceux qui m’aiment rendent ce qu’ils doivent au sexe; et je ne suis point de l'humeur de ces femmes injustes qui s’applaudissent des incivilités que leurs amants font aux autres belles.

JULIE

Il ne faut point, madame, que vous soyez surprise de son procédé. L’amour que vous lui donnez éclate dans toutes ses actions, et l’empêche d’avoir des yeux que pour vous.

LA COMTESSE

Je crois être en état de pouvoir faire naître une passion assez forle , et je me trouve pour cela assez de beauté , de jeunesse, et de qualité. Dieu merci ; mais cela n’empêche pas qu’avec ce que j’inspire, on ne puisse garder de l’honnêteté et de la complaisance pour les autres. (Apercevant Criquet.) Que faites-vous donc là, laquais? Est-ce qu’il n’y a pas une antichambre où se tenir, pour venir quand on vous appelle ? Cela est étrange, qu’on ne puisse avoir en province un laquais qui sache son monde! A qui est-ce donc que je parle? Voulez-vous vous en aller là dehors, petit fripon?

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