SCENE XIX
MONSiEun TinAüniEn.
Je suis ravi, madame, que vous me concédiez la grâce d’embrasser monsieur le comte voire fils. On ne peut pas aimer le tronc, qu’on n’aime aussi les branches.
LA COMTESSE
Mon Dieu! monsieur Tibaudicr, de quelle comparaison vous servez-vous là?
JÜLIE.
En vérité, madame, monsieur le comte, a tout à fait bon air.
LE VICOMTE
Voilà un jeune gentilhomme qui vient bien dans le monde.
JULIE
Qui diroit que madame eût un si grand enfant?
LA COMTESSE
Hélas! quand je le fis j’élois si jeune, que je me jouois encore avec une poupée.
JULIE
C’est monsieur votre frère, et non pas monsieur votre fils.
LA COAITESSE. ,
Monsieur Bobinet, ayez bien soin au moins de son éducation.
MOÎfSIEÜR BOBINET.
Madame, je n’oublierai aucune chose pour cultiver cette jeune plante, dont vos bontés m’ont fait l’honneur de me confier la conduite; et je tâcherai de lui inculquer les semences de la vertu.
LA COMTESSE
Monsieur Bobinet, faites-lui un peu dire quelque petite galanterie de ce que vous lui apprenez.
MONSIEUR BOBINET.
Allons, monsieur le comte, récitez votre leçon d’hier au malin.
LE COMTE
Omne viro soli quod convenü eslo virile,
Otnnc viri...
LA COMTESSE
Fi! monsieur Bobinet, quelles sottises est-ce que vous lui apprenez là ' ?
On croil que colle scène fnl inspirée à Molière p:ir une scène à peu pre< senihLible qui sol.iil pnssée riiez mnilnme de Villarcennx, donlle mari avait la
LA COMTESSE D’ESCARBAGNAS
MONSIEUR ROBINET
C’est du latin, madame, et la première règle de Jean Despaiitère.
LA COMTESSE
Mon Dieu! ce Jean Dcspautère-là est un insolent, et je VOUS prie de lui enseigner du latin plus honnête que celui-là. MONSIEUR ROBINET.
Si VOUS voulez, madame, qu’il achève, la glose expliquera ce que cela veut dire.
Non, non : cela s’explique assez.
SCENE XX. — LA COMTESSE, JULIE, LE VICOMTE, MONSIEUR TIBAUDIER, LE COMTE, MONSIEUR ROBINET, CRIQUET.
CRIQUET
Les comédiens envoient dire qu’ils sont tout prêts.
LA COMTESSE
Allons nous placer. (Montrant Julie.) Monsieur Tibaudier, prenez madame.
(Criquet range tous les sièges sur un des côtes du llié<Atre ; la comtesse, Julie et le vicomie s'asseyent; monsieur Tibaudier s'assied aux pieds de la comtesse.)
LE VICOMTE
Il est nécessaire de dire que cette comédie n’a été faite que pour lier ensemble les différents morceaux de musique et de danse dont on a voulu composer ce divertissement, et
que...
LA COMTESSE
Mon Dieu! voyons l’affaire. On a assez d’esprit pour comprendre les choses.
LE VICOMTE
Qu’on commence le plus tôt qu’on pourra, et qu’on em-
répulation de s'êlre fait aimer de Ninon. Un jour madame de Tillarceaui, toulani faire admirer son fils à une nombreuse compagnie qui se trouvait chez elle, le lit interroger par son précepteur. < Allons, monsieur le marquis, dit le grave pédagogue : guem habuit succfssorein Belus rex Astyriorum,^ — A’inwm, » répondit le jeune marquis. Madame de Villarceaux, frap;H‘e de ce dernier mol : «Voilà, dit-elle, de belles instrnclions que vous donnez à mon lils! N’y a-t-il doue lien .A lui apprendre que les folies de son père? » Le préiciiteur eut lieau pro. lester qu’il n'y entendait point malice, rien ne fut capable de lui faire entendre raison. (Aimé Martm.)