‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 460 sur 593 · SCÈNE V. - TRISSOTIN, VADIUS, PHILAMINTE, BÉLISE, ARMANDE, HENRIETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. - TRISSOTIN, VADIUS, PHILAMINTE, BÉLISE, ARMANDE, HENRIETTE

TRISSOTIN, préseiilînt Vadius.

Voici l’homme qui meurt du désir de vous voir;

En vous le produisant, je ne crains point le blâme D’avoir admis chez vous un profane, madame.

11 peut tenir son coin parmi de beaux esprits.

PHILAMINTE

La main qui le présente en dit assez le prix.

TRISSOTIN

11 a des vieux auteurs la pleine intelligence,

Et sait du grec, madame, autant qu’homme de France*. PHILAMINTE, à Relise.

Du grec, ô ciel! du grec! 11 sait du grec, ma sœur!

RELISE, à Aimande.

Ah ! ma nièce, du grec !

ARMANDE

Du grec! quelle douceur!

PHILAmNTE.

Quoi! monsieur sait du grec? Ah! permettez, de grâce. Que, pour l’amour du grec, monsieur, on vous embrasse.

(Vadius embrasse aussi Relise et Armande.) HENRIETTE, à Vadius, qui veut aussi l'embrasser.

Excusez-moi, monsieur, je n’entends pas le grec.

(Ils s’asseyent.)

PHILAMINTE

J’ai pour les livres grecs un merveilleux respect.

Je crains d’être fâcheux par l’ardeur qui m’engage A vous rendi'e aujourd’hui, madame, mon hommage;

Et j’aurai pu troubler quelque docte entretien.

PHILAMINTE

Monsieur, avec du grec on ne peut gâter rien.

' HéiiaüP, que Molicrn joue ici sous le nom de Vadius, savait en cITel le grec autant gu homme de 1* rance. Son bnmciir aigre et pedantesque, son caractère présomptueux, lui lirciit beaucoup d’eunomis; il se croyait le droit de tout juger eu dernier ressort; et peut-être Molière ne l’a-t-il mis on scène (|Uo pour se venger de quelques-uns do ses jugemenis. (Aimé Martin.)

LES FEMMES SAVANTES

TRISSOTIN

Au reste, il fait merveille eu vers ainsi qu’en prose,

Et pourroit, s’il vouloit, vous montrer quelque chose.

YADIUS.

Le défaut des auteurs, dans leurs productions.

C’est d’en tyranniser les conversations,

D’être au Palais, au Cours, aux ruelles, aux tables.

De leurs vers fatigants lecteurs infatigables.

Pour moi, je ne vois rien de plus sot, à mon sens,

Qu un auteur qui partout va gueuser des encens,

Qui, des premiers venus saisissant les oreilles,

En fait le plus souvent le martyr de ses veilles.

On ne m’a jamais vu ce fol entêtement;

Et d’un Grec, là-dessus, je suis le sentiment,

Qui , par un dogme exprès , défend à tous ses sages L indigne empressement de lire leurs ouvrages.

Voici de petits vers pour de jeunes amants,

Sur quoi je voudrois bien avoir vos sentiments.

TRISSOTIN

Vos vers ont des beautés que n’ont point tous lés autres.

YADIUS.

Les Grâces et Vénus régnent 'dans tous les vôtres.

TRISSOTIN

Vous avez le tour libre, et le beau choix des mots.

VADIUS

On voit partout chez vous Vilhos et le palhos.

TRISSOTIN

Nous avons vu de vous des églogues d’un style Qui passe on doux attraits Théocrite et Virgile.

VADIUS

Vos odes ont un air noble, galant et doux.

Qui laisse de bien loin votre Horace après vous*.

TRISSOTIN

Est-il rien d’amoureux comme vos chansonnettes?

Peut-on rien voir d’égal aux sonnets que vous faites?

* Ici Moticre mei en action .nn passage Tort pîqiiaiU de Vlitcge de !a Folie : « Rien au monde n'csl si plaisani que de voir des Anes s*enire»grailcr, soit p>r

> lies vers, soit par des éloges qu’ils s’adrcsseul sans pudeur. Vous surpasse»

> Alcéo, dil l’un ; et vous Calliniqiic, dit l’auire : vous écifpset Vomletir romain ;

> Pt vous, voiif eifueex le divin Plalmu >

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