‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 507 sur 593 · SCÈNE IV. - ANGÉLIQUE, TOINETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. - ANGÉLIQUE, TOINETTE

Toinette!

Quoi?

Regarde-moi un peu.

ANCÏLIQIE.

TOINETTE

Hé Lien ! je vous regarde.

ANGÉLIQUE

Toinette!

TOINETTE

Hé Lien! quoi, Toinette?

ANGÉLIQUE

Ne devines-tu point de quoi je veux parler?

TOINETTE

Je m’en doute assez ; de notre jeune amant; car c’est sur

LE MALADE IMAGINAIUE.

lui depuis six jours que roulent tous nos entrcliens; et vous n’ètes point bien, si vous n’en pailez à toute lieurc.

ANOKLIQliE.

Puisque tu connois cela, que n’es-tu donc la première ii m’en entretenir? Et que ne m’épargnes-tu la peine de te jeler sur ce discours?

TOINEÏTE.

Vous ne m’en donnez pas le temps ; et vous avez des soins là-dessus qu’il est difficile de prévenir.

ANCIÎLIQLE.

Je t’avoue que je ne saurois me lasser de te parler de lui, et que mon cœur profite avec chaleur de tous les moments de s’ouvrir à toi. Mais^^, dis-moi, condamnes-tu, Toinette, les sentiments que j’ai pour lui ?

TOINETTE

Je n’ai garde.

ANGÉLIQUE

Ai-je tort de m’abandonner à ces douces impressions?

TOINETTE

Je ne dis pas cela.

ANGÉLIQUE

Et voudrois-tu que je fusse insensible aux tendres protestations de cette passion ardente qu’il témoigne pour moi?

TOINETTE

A Dieu ne plaise !

ANGÉLIQUE

Dis-moi un peu : ne trouves-tu pas, comme moi, quelque chose du ciel, quelque effet du destin, dans l’aventure inopinée de notre connoissance?

TOINETTE

Oui.

ANGÉLIQUE

Ne trouves-tu pas que cette action d’embrasser ma défense, sans me connoitre, est tout à fait d un honnête homme?

Oui.

ANGÉLIQUE

Oue l’on ne peut pas en user plus généreusement ?

TOINETTE

D’accord.

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