‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 510 sur 593 · ACTE I, SCÈNE V. (iOI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V. (iOI

TOINETTE, îi Argan.

En vorilê, je vous sais bon gré de eela ; et voilà l’action la plus sage que vous ayez faite de votre vie.

AUC AN.

Je n’ai point encore vu la personne; mais on m’a dit que j’en serois content, et foi aussi.

ANGÉLIQUE

.Assurément, mon père.

AUGAN.

Comment! l’as-lu vu?

ANGÉLIQUE

Puisque votre consentement m’autorise à vous pouvoii' ouvrir mon cœur, je ne feindrai point de vous dire que le hasard nous a fait connoître il y a six jours , et que la demande qu’on vous a faite est un effet de l’inclination que, dès cette première vue, nous avons prise l’un pour l’autre.

AUGAN.

Ils ne m’ont pas dit cela ; mais j’en suis bien aise, et c’est tant mieux que lès choses soient de la sorte. Ils disent que c’est un grand jeune garçon bien fait.

ANGÉLTQIE.

Oui, mon père.

AUGAN.

De belle taille.

ANGÉLIQUE

Sans doute.

AUGAN.

Agréable de sa personne.

Assurément.

AUGAN.

De bonne physionomie.

Très bonne. <

ANGÉLIQUE

Sage et bien né.

AUGAN.

Tout à fait.

ANGÉLIQUE

Fort honnête.

■AUGAN.

lit

LE MALADE IMAGINAIUE.

ANGÉLIQUE

Le plus honnête du monde.

AUGAN.

Qui parle bien latin et grec.

C’est ce que je ne sais pas.

ARGAN

Et qui sera reçu médecin dans trois jours.

ANGÉLIQUE

Lui, mon père?

ARGAN

Oui. Est-ce qu’il ne te l’a pas dit?

ANGÉLIQUE

Non, vraiment. Qui vous l’a dit, à vous?

ARGAN

Monsieur Purgon.

ANGÉLIQUE

Est-ce que monsieur Purgon le connoît?

ARGAN

La belle demande! 11 faut bien qu’il le connoissc, puisque c’est son neveu.

ANGÉLIQUE

Cléante, neveu de monsieur Purgon?

ARGAN

Quel Cléante? Nous partons de celui pour qui l’on l’a demandée en mariage.

ANGÉLIQUE

Hé! oui.

Hé bien! c’est le neveu de monsieur Purgon, qui est le lils de son beau-frère le médecin, monsieur Diafoirus; et ce fils s’appelle Thomas Diafoirus, et non pas Cléante; et nous avons conclu ce mariagc-là ce malin , monsieur Purgon , monsieur Fleurant, et moi; et demain, ce gendre prétendu doit m’être amené par son père. Qu’esl-ce? Vous voilà tout ébaubie !

ANGÉLIQUE

C’est, mon père, que je connois que vous avez parlé d'une j)crsonnc, et que j’ai entendu une autre.

TOlNETfE

Quoi! monsieur, vous auriez fait ce dessein burlesque?

ACTlî I, SCÈNE V. 605

Et, avec tout le bien que vous avez, vous voudriez marier votre iîlle avec un médecin ?

ARCAN

Oui. De quoi te méles-tu, coquine, impudente que tu es?

TOINUTTE.

Mon Dieu! tout doux. Vous allez d’abord aux invectives. Est-ce que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans nous emporter? Là, parlons de sang-froid. Quelle est votre raison, s’il vous plaît, pour un tel mariage?

ARGAN

Ma raison est que, me voyant infirme et malade comme je suis, je veux me faire un gendre et des alliés médecins, afin de m’appuyer de bons secours contre ma maladie, d’avoir dans ma famille les sources des remèdes qui me sont nécessaires, et d’être à même des consultations et des ordonnances.

Hé bien ! voilà dire une raison , et il y a plaisir à se répondre doucement les uns aux autres. Mais, monsieur, mettez la main à la conscience : est-ce que vous êtes malade ?

ARGAN

Comment, coquine! si je suis malade! Si je suis malade, impudente !

TOINETTE

Hé bien! oui, monsieur, vous êtes malade; n’ayons point de querelle là-dessus. Oui, vous êtes fort malade, j’en demeure d’accord, et plus malade que vous ne pensez ; voilà qui est fait. Mais voire fille doit épouser un mari pour elle; et, n’étant point malade, il n’est pas nécessaire de lui donner un médecin.

ARGAN

C’est pour moi que je lui donne ce médecin ; et une fille de bon naturel doit être ravie d’épouser ce qui est utile à la santé de son père.

TOINETTE

Ma foi, monsieur, voulez-vous qu’en amie je vous donne un conseil ?

ARGAN

Quel est-il, ce conseil?

TOINETTE

De ne point songer à ce mariage-là.

LE MALADE IMAGINAIHE.

Et la raison?

ARC AN

TOINETTE

La raison, c’est que votre fille n’y consentira point*.

ARCAN

Elle n’y consentira point?

TOINETTE

Non.

ARCAN

Ma fille?

TOINETTE

Votre fille. Elle vous dira qu’elle n’a que, faire de monsieur Diafoicus, ni de son fils Thomas Diafoirus , ni de fous les Diafoirus du monde.

ARCAN

J’en ai affaire, moi, outre que le parti est plus avantageux qu’on ne pense. Monsieur Diafoirus n’a que ce fils-là pour tout héritier ; et, de plus, monsieur Purgon, qui n’a ni femme ni enfants, lui donne tout son liien en faveur de ce mariage; et monsieur Purgon est un homme qui a huit mille bonnes livres de rente.

Il faut qu’il ait tué bien des gens, pour s’être fait si riche.

ARCAN

Huit mille livres de rente sont quelque chose, sans compter le bien du père.

TOINETTE

Monsieur, tout cela est bel et bbn; mais j’en reviens toujours là : je vous conseille, entre nous, de lui choisir un autre mari; et elle n’est point faite pour être madame Diafoirus.

ARCAN

Et je veux, moi, que cela soit

TOINETTE

lié, fi! ne dites pas cela.

ARCAN

Comment! que je ne dise pas cela ,

TOINETTE

Hé, non.

• Toiilccjcu de lliéâlicesl cmprunlé au Tartufff. acte II, scène II. (Brci.)

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