ACTE I, SCÈNE V
ARGAN
Et pourquoi ne le dirai-je pas?
On dira que vous ne songez pas à ce que vous dites.
ARGAN
On dira ce qu’on voudra ; mais je ^vous dis que je veux qu’elle exécute la parole que j’ai donnée.
TOINETTE
Non ; je suis sûre qu’elle ne le fera pas.
ARGAN
.le l’y forcerai bien.
TOINETTE. '
Elle ne le fera pas, vous dis-je.
ARGAN
Elle le fera, ou je la mettrai dans un couvent..
Vous ?
TOINETTE
.Moi.
ARG.AN
Hon !
TOINETTE
Comment, bon?
ARGAN
TOINETTE
Nous ne la nielliez point dans un couvent.
■le ne la mettrai point dans un couvent .'*
Non.
TOINETTE
Non?
ARGAN
Non.
TOINETTE
ARG.AN. ’
Ouais! Voici qui est plaisanll .le ne mettrai pas ma (lllc dans un couvent, si je veux?
Non, vous dis-je.
Qui in’en empêchera ?
TOINETTE
ARGAN
LE MALADE IMAGINAIRE
Vous-même.
ARCAN
Moi?
TOINETTE
Oui. Vous n’aurez pas ce cœur-lâ.
AUGAN.
Jo l’aurai.
TOINETTE
Vous vous moquez.
ARGAN
Je ne me moque point.
TOINETTE
La tendresse paternelle vous prendra.
ARGAN
Elle ne me prendra point.
TOINETTE
Une petite larme ou deux, des bras jetés au cou, un Mon petit papa mignon, prononcé tendrement, sera assez pour vous toucher.
ARGAN
Tout cela ne fera rien.
Oui, oui.
ARGAN
Je vous dis que je n’en démordrai point.
TOINETTE
Bagatelles.
ARGAN
11 ne faut point dire, Bagatelles.
TOINETl'E.
Mon Dieu! je vous connois, vous êtes bon naturellement.
ARGAN, avec empoilcmcnl.
Je ne suis point bon, et je suis méchant quand je veux '.
TOINETTE
Doucement, monsieur. Vous ne songez pas que vous êtes malade.
• Ce dialogue est presque copie mol à mot de la scène vt du premier acte des Fourfcp^r»>a dé Scapin.
ACTli 1, SCÈNE V.
ARGAN
Je lui commande absolument de se préparer à prendre le mari que je dis.
TOINETTE
Et moi, je lui défends absolument d’en faire rien.
AUCAN.
Où est-ce donc que nous sommes? et quelle audace est-cc là, à une coquine de servante, de parler de la sorte devant son maître?
TOINETTE
Quand un maître ne songe pas à ce qu’il fait, une servante bien sensée est en droit de le redresser.
ARGAN, courant après Toiuetle.
Ah! insolente, il faut que je t’assomme.
TOINETTE, évilaiit Ar;;aii, cl inellanl la chaise entre elle et lui,
11 est de mon devoir de m’opposer aux choses qui vous peuvent déshonorer.
ARGAN, courant après Toinelte autour de la chaise avec son h&ton.
Viens, viens, que je t’apprenne à parler.
TOINETTE, se sauvant diLCÔlé où n’est point Argan.
.le m’intéresse, comme je dois, à ne vous point laisser faire de folie.
ARGAN, de naême.
Chienne!
TOINETTE, de même.
Non, je ne consentirai jamais à ce mariage.
ARGAN, de même.
Pendarde !
TOINETTE, Je même.
Je ne veux point qu’elle épouse votre Thomas Diafoirus,
ARGAN, de même.
Carogne!
TOINETTE, de même.
Et elle m’obéira plutôt qu’à vous.
ARGAN, s’arrêtant.
Angélique, tu ne veux pas m’arrêter cette coquine-Ià?
ANGÉLIQUE
lié! mon père, ne vous faites point malade.
ARGAN, à Angélique.
Si tu ne me rarrêles, je te donnerai ma malédiction.
LK MALADE IMAGINAIRE
TOINETTE, CD s’eii allant.
Et moi, je la déshériterai, si elle vous obéit.
ARCvVN, se jciaiït üaos sa chaiEe.
Ah! ah! je ii’cn puis plus. Voilà pour me faire mourir'. SCÈNE VI. - BÉÜNE, ARGAN.
ARCAN
Ah! ma femme, approchez.
CÉLINE
Qu’avez-vous, mon pauvre mari?
AUCAN. . '
Venez-vous-en ici à mon secours.
CÉLINE
Qu’est-ce que c’est donc qu’il y a, mon petit fils?
ARGAN
Ma mie!
RÉLINE.
Mou ami!
' ARGAN
On vient de me mettre en colère. ' •
CÉLINE
Hélas! pauvre petit mari! Comment donc, mon ami? ARGAN.
Votre coquine de Toinette est devenue plus insolente que jamais.
CÉLINE
Ne vous passionnez donc point.
AUC.\N.
Elle m’a fait enrager, ma mie.
CÉLINE
Doucement, mon fils.
ARGAN
Elle a contrecarre, une heure durant, les choses que je veux faire.
CÉLINE
Là, là, tout doux!
‘ Colle .scène rappelle la scène seconde de lacté 11 dn Tartuffe. Toinctlc parle comniü Dorinc, Argan parle comme Oigon : c’est le même dialogue et la même silnalion, moilijiès par de nonvcaiix 0310010-0$, . (Brel.)