‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 517 sur 593 · MONSIEUR DE BONNEFOI · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE BONNEFOI

La coutume y résiste. Si vous étiez en pays de droit écrit, cela se pourroit faire : mais, à Paris et dans les pays coutumiers, au moins dans la plupart, c’est ce qui ne se peut ; et la disposition seroit nulle. Tout l’avantage qu’homme et femme conjoints par mariage se peuvent faire l’un à l’autre, c’est un don mutuel entre vifs-, encore faut-il qu’il n’y ait enfants, soit des deux conjoints, ou de 1 un d eux, lors du décès du premier mourant*.

AUGAN.

Voilà une coutume bien impertinente, qu’un mari ne puisse rien laisser à une femme dont il est aimé tendrement, et qui prend de bii tant de soin ! J aurois eiivie de consulter mon avocat, pour voir comment je pourrois faire.

MONSIEUR DE bONNEFOI.

Ce n’est point à des avocats qu’il faut aller, car ils sont d’ordinaire sévères là-dessus , et s’imaginent que c est un grand crime que de disposer en fraude de la loi : ce sont gens de difficultés, et qui sont ignorants dos détours de la conscience. Il y a d’autres personnes à consulter, qui sont bien plus accommodantes, qui ont des expédients pour passer doucement par-dessus la loi, et rendre juste ce qui n est pas permis; qui savent aplanir les difficultés d’une affaire, et trouver des moyens d’éluder la coutume par quelque avantage indirect. Sans' cela, où en serions-nous tous les jours. H faut de la facilité dans les choses; autrement nous ne ferions rien, et je ne donnerois pas un sol de notre métier.

ARGAN

Ma femme m’a.voit bien dit, monsieur, que vous étiez fort habile et fort honnête homme. Comment puis-je faire,

■ M. <le Bonneroi rapporlc ici, presque textuellement, les articles 2S0 et 282 do t’ancionne Coutume de Paris.

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