‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 582 sur 593 · SCÈNE XXII. — ARGAN, BÈRALDE , ANGÉLIQUE, CLÉANTE, TOINETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE XXII. — ARGAN, BÈRALDE , ANGÉLIQUE, CLÉANTE, TOINETTE

ANGÉLIQUE

Ah ! quelle surprise agréable ! Mon père, puisque, par un bonheur extrême,- le ciel vous redonne à mes vœux, souffrez qu’ici je me jette à vos pieds pour vous supplier d’une chose. Si vous n’ctes pas favorable au penchant de mon cœur, si vous me refusez Cléaute pour époux, je vous conjure au moins de ne me point forcer d’en épouser un autre. C’est toute la grâce que je vous demande

CLEANTE, se jetant aux genoux d’Argan.

Hé! monsieur, laissez-vous toucher à ses prières et aux miennes; et ne vous montrez point contraire aux mutuels empressements d’une si belle inclination.

Mon frère, pouvez-vous tenir là contre?

TOINETTE

Monsieur, serez-vous insensible à tant d’amour?

ARGAN

Qu’il se fasse médecin, je consens au mariage, (a cléante.) Oui, faites-vous médecin, je vous donne ma fille.

CLÉANTE.'

Très volontiers, monsieur. S’il ne tient qu’à cela pour être votre gendre, je me ferai médecin, apolhicaire meme. SI vous voulez. Ce n’est pas une affaire que cola, et je ferois bien d’aulros choses pour obtenir la belle Angélique.

BIRALDE.

Mais, mon frère, il me vient une pensée. Faites-vous

LE MALADE IMAGINAIRE

médecin vous-mèmc, La commodilé sera encore plus grande, d’avoir en vous tout ce qu’il vous faut.

TOINETTE

Cela est vrai. Voilà le vrai moyen de vous guérir bientôt; et il n’y a point de maladie si osée que de se jouer à la personne d’un médecin.

AUGAN.

Je pense, mon frère, que vous vous moquez de moi. Est-ce que je suis en âge d’étudier?

BÉUALDE.

Bon, étudier I Vous êtes assez savant; et il y en a beaucoup parmi eux qui ne sont pas plus habiles que vous.

ARGAN

Mais il faut savoir bien parler latin, connoître les maladies, et les remèdes qu’il y faut faire.

BÉRALDE.

En recevant la robe et le bonnet de médecin, vous apprendrez tout cela ; et vous serez après plus habile que vous ne voudrez.

ARGAN

Quoi! l’on sait discourir sur les maladies quand on a cet habit-là ?

BÉUAI.DE.

Oui. L’on n’a qu’à parler avec une robe et un bonnet, tout galimatias devient savant, et toute sottise devient raison.

TOINETTE

Tenez, monsieur, quand il n’y auroit que votre barbe, c’est déjà beaucoup ; et la barbe fait plus de la moitié d’un médecin.

CLÉANTE

En tout cas, je suis prêt à tout.

BÉRALDE, à Argan.

Voulez-vous que l’affaire se fasse tout à l’heure?

ARGAN

Comment, tout à l’heure?

Oui, et dans votre maison.

ARGAN

Dans ma maison?

Page 1