ACTE I, SCÈNE IV
SBRIGAiM.
Je suis confus des louanges dout vous m’honorez , et je ‘ pouiTois vous en donner avec plus de justice sur les mei’veilles de votre vie, et principalement sur la gloire que vous acquîtes, lorsque avec tant d’honnêteté vous pipâtes au jeu, pour douze mille écus , ce jeune seigneur étranger que l’on mena chez vous; lorsque vous fîtes galamment ce faux contrat qui ruina toute une famille; lorsque avec tant de grandeur d’ame vous sûtes nier le dépôt qu’on vous avoit confié ; et que si généreusement on vous vit prêter votre témoignage à faire pendre ces deux personnes qui ne l’avoient pas mérité.
nériîne.
Ce sont petites bagatelles qui ne valent pas qu’on en parle ; et vos éloges me font rougir C
SBRIGANI
Je veux bien épargner votre modestie; laissons cela : et, pour commencer notre affaire, allons vite joindre notre provincial, taudis que de votre coté vous nous tiendrez prêts au besoin les autres acteurs de la comédie.
ÛRASTE.
Au moins, madame, souvenez-vous de votre rôle, et, pour mieux couvrir notre jeu , feignez , comme on vous a dit, d’être la plus contente du monde des résolutions de votre père.
Jl LIE.
S’il ne tient qu’à cela, les choses iront à merveille
ÉHASTE.
Mais, belle Julie, si toutes nos machines venoient à no pas réussir?
Je déclarerai à mon père mes véritables sentiments.
ÉRAS'JE.
lA si, contre vos sentiments, il s’obstinoit à son dessein^
JULIE
Je le menacerai de me jeter dans un cou\cnt.
Sous lu casa(|iii; de SUrigani, Molière a caché uu de ces Sosies, de ces Daves < e la comcdii! aiilii|ue qu'il nous avait déjà fait voir sous le manteau de Masca- V *’*■* '*'*"". gc’nii! doit nous nioiilrcr encore sous celui de Scapiii. (Voir rdsinaiie de Plaute, aclo ill, «cène il.) (Augor.)
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
ÉRASTE
Mais si, malgré tout cela, il vouloit vous forcer à ce mariage?
JL'UE.
V{ue voulez-vous que je vous dise?
ÉRASTE
Ce que je veux que vous me disiez?
JULIE
Oui.
ÉRASTE
Ce qu’on dit quand on aime bien .
Mais quoi?
ÉRASTE
Que rien ne pourra vous contraindre; et que, malgré tous les efforts d’un père, vous me promettez d’être à moi.
JULIE
Mon Dieu! Éraste, contentez-vous de ce que je fais maintenant, et n’allez point tenter sur l’avenir les résolutions de mon cœur; ne fatiguez point mon devoir par les propositions d’une fâcheuse extrémité dont peut-être n’aurons-nous pas besoin; et, s’il y faut venir, souffrez au moins que j’y sois entraînée par la suite des choses.
ÉRASTE
Hé bien!...
SBRIGAM.
Ma foi! voici notre homme : songeons à nous.
NÉRINE
Ah! comme il est bâti ‘!