ACTE I, SCÈNE VIH. H
l’apothicaire,
Assurément. On est bien aise au moins d’être mort méthodiquement. Au reste , il n’est pas de ces médecins qui marchandent les maladies; c’est un homme expéditif, expéditif, qui aime à dépêcher ses malades; et, quand on a à mourir, cela se fait avec lui le plus vite du monde.
ÉRASTE
En effet, il n’est rien tel que de sortir promptement d’affaire. l’apothicaire.
Cela est vrai. A quoi bon tant barguigner ‘ et tant tourner autour du pot? Il faut savoir vitement 1e court ou le long d’une maladie.
ÉRASTE
Vous avez raison.
l'apothicaire.
Voilà déjà trois de mes enfants dont il m’a fait l’honneur de conduire la maladie, qui sont morts en moins de quatre jours, et qui , entre les mains d’un autre , auraient langui plus de trois mois.
ÉRASTE
11 est bon d’avoir des amis comme cela.
l’apothicaire.
Sans doute. 11 ne me reste plus que deux enfants, dont il prend soin comme des siens ; il les traite et gouverne à sa fantaisie, sans que je me mêle de rien; et, le plus souvent, quand je reviens de la ville, je suis tout étonné que je les trouve saignés ou purgés par son ordre.
ÉRASTE
Voilà les soins les plus obligeants du monde 2. l’apothicaire.
Le voici, 1e voici, le voici qui vient.
SCÈNE VIII. - ÉRASTE, PREMIER MÉDECIN UN APOTHICAIRE, UN PAYSAN, UNE PAYSANNE.
LE PAYSAN, au médecin.
Monsieur, il n’en peut plus; et il dit qu’il sent dans la tele les plus grandes douleurs du monde.
Barguigner J marchander; 6arcan»are dans I ireiziême siècle. Voir K. Génin, Lexique, eic.
’ ^AIl. Voilà det toins fort obligeantst
I basse lalinilc; &ar9ui^ntsr au
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
PREMIER MEDECIN
Le malade est un sot; d’autant plus que, dans la maladie dont il est attaqué, ce n’est pas la tête , selon Galien , mais la rate, qui lui doit faire mal.
LE PAYSAN
Quoi que c’en soit, monsieur, il a toujours, avec cela, son cours de ventre depuis six mois.
PREMIER MÉDECIN
Bon! c’est signe que le dedans se dégage. Je l’irai visiter dans deux ou trois jours ; mais , s’il mouroit avant ce lemps-là, ne manquez pas de m’en donner avis; car il n’est pas de la civilité qu’un médecin visite un mort.
LA PAYSANNE, au incdccin.
Mon père, monsieur, est toujours malade de plus en plus.
PREMIER MÉDECIN
Ce n’est pas ma faute. Je lui donne des remèdes : que ne guérit-il? Combien a-t-il été saigné de fois?
LA PAYSANNE
Quinze, monsieur, depuis vingt jours.
PREMIER MÉDECIN
Quinze fois saigné?
LA PAYSANNE
Oui.
PREMIER MÉDECIN
Et ihne guérit point?
LA PAYSANNE
Non, monsieur.
PREMIER MÉDECIN
C’est signe que la maladie n’est pas dans le sang. Nous le ferons purger autant de fois, pour voir si elle n’est pas dans les humeurs ; et , si rien ne nous réussit, nous l’enverrons* aux bains.
l’apothicaire.
Voilà le fin, cela; voilà le fin de la médecine.