SCÈNE VII. — ÉRASTE, UN APOTHICAIRE
ÉRASTE
Je crois, monsieur, que vous êtes le médecin à qui l’on est venu parler de ma part?
‘ Moliere doit ridée de celle tcéne à tine noiivélle de Scarron. oubliée di*
M0NS[EÜR DE POURCEAUGNA.C.
l’apothicaire
Non, monsieur; ce n’est pas moi qui suis le médecin, à moi n’appartient pas cet honneur; et je ne suis qu’apothicaii e, apothicaire indigne, pour vous servir.
ÉRASTE
Et monsieur le médecin est-il à la maison ?
l’apothicaire.
Oui. Il est là embarrassé à expédier quelques malades ; et Je vais lui dire que vous êtes ici.
ÉRASTE
Non : ne bougez; j’attendrai qu’il ait fait. C’est pour lui mettre entre les mains certain parent que nous avons, dont on lui a parlé, et qui se trouve attaqué de quelque folie, que nous serions bien aises qu’il pût guérir avant que de le marier.
l’apothicaire.
Je sais ce que c’est, je sais ce que c’est; et j’étois avec lui quand on lui a parlé de cette affaire. Ma foi , ma foi , vous ne pouviez pas vous adresser à un médecin plus habile. C’est un homme qui sait la médecine à fond, comme je sais ma croix de par Dieu, et qui, quand on devroit crever, ne démordroit pas d’un iota des règles des anciens. Oui, il suit toujours le grand chemin, le grand chemin, et ne va point chercher midi à quatorze heures; et, pour tout l’or du monde, il ne voudroil pas avoir guéri une personne avec d’autres remèdes que ceux que la Faculté permet.
ÉRASTE
Il fait fort bien. Un malade ne doit point vouloir guérir que la Faculté n’y consente.
l’apothicaire.
Ce n’est pas parce que nous sommes grands amis que j’en parle; mais il y a plaisir d’être son malade; et j’aimerois mieux mourir de ses remèdes que de guérir de ceux d’un autre*. Car, quoi qu’il puisse arriver, on est assuré que les choses sont toujours dans l’ordre; et, quand on meurt sous sa conduite, vos héritiers n’ont rien à vous reprocher.
ÉRASTE
C’est une grande consolalion pour un défunt.
Uolicrc a dfjft employé ce trait dam l'Amour midecin, acte II. scène vi.