‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 141 sur 479 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Je refuse d*uti cœur la vaste complaisance

Qui ne fait de mérité aucune différence;

Je veux qn^on me disiingue ; el, pour le trancher net,

1/ami du genre humain n'est point du iout mon fait.

PHIL1NTE.

Mais, quand on est du monde, il faut bien que Ion rende Quelques dehors civils que lusaçe demande.

ALCESTE

Non, vous dis-je; on devroit châtier sans pitié

Ce commerce honteux de semblants d'amitié.

Je veux que l'on soit homme, et qu'en toute rencontre

Le fond de notre cœur dans nos discours se montre,

Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments

Ne se masquent jamais sous de vains compliments.

PHILINTE

Il est bien des endroits où la pleine franchise

Deviendroit ridicule, et seroit peu permise;

Et parfois, n'en déplaise à votre austère honneur,

Il est bon de cacher ce qu'on a dans le cœur.

Seroit-il à propos, et de la bienséance,

De dire à mille gens tout ce que d'eux on pense ?

Et quand on a quelqu'un qu'on hait ou qui déplaît

Lui doit-on déclarer la chose comme elle est ?

ALCESTE

Oui.

PHILINTE

Quoi ! vous iriez dire à la vieille Emilie Qu'à son âge il sied mal de faire la jolie, Et que le blanc qu'elle a scandalise chacun?

ALCESTE

Sans doute.

PHILINTE

A Dorilas, qu'il est trop importun ; Et qu'il u'est, à la cour, oreille qu'il ne lasse A conter sa bravoure et l'éclat de sa race?

ALCESTE

Fort bien.

PHILINTE

Vous vous moquez.

ALCESTE

Je ne me moque point,

El je vais n'épargner personne sur ce point.

Mes yeux sont Irop blessés, et la cour et la ville

Ne m'offrent rien qu'objets à m'échauffer la bile;

J'entre en une liuineur noire, en un chagrin profond,

Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font;

Je ne trouve partout que lâche flatterie,

Qu'injustice, intérêt, trahison, fourberie;

Je n'y puis plus tenir, j'enrage; et mon dessein

Est de rompre en visière à tout le genre humain.

PHILINTE

Ce chagrin philosophe est un peu trop sauvage.

Je ris des noirs accès où je vous envisage,

El crois voir en nous deux, sous mêmes soins nourris,

Les deux frères que peint VÈcole des Maris,

DonL..

ALCESTE

Mon Dieu ! laissons là vos comparaisons fades.

PIIILINTE.

Non : tout de bon, quittez toutes ces incartades.

Le monde par vos soins ne se changera pas :

Et, puisque la franchise a pour vous tant d'appas.

Je vous dirai tout franc que celle maladie.

Partout où vous allez donne la comédie ;

El qu'un si grand courroux contre les mœurs du temps

Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens.

ALCESTE

Tant mieux, morbU'ul tant mieux, cVst ce que je demande. Ce m'est un fort bon signe, et ma joie en est grande. Tous les hommes me sont à tel poinl odieux, Que je serois fâché d*être sage à leurs yeux.

PHILIKTE.

Vous voulez un grand mal à la nature humaine.

ALCESTE

Oui, j'ai conçu pour elle une effroyable haine ^

PHILINTE

Tous les pauvres mortels, sans nulle exception. Seront enveloppés dans cette aversion ?

' Cti n'oBt pas des hommes qu'Alceste est ciiuemi, mais de la néckaDcelé dos uns, el du support qui: celle mécliancetc trouve dans tes autres. S'il n'y avoil ni tVipoDS ni flatteurs, il airaeroit tout lugeure humain. Il n'y a |)a8 un hoiniue (le bien qui ne soil misanthrope en ce scits... (Jean- Jacques Rousseau.)

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