‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 143 sur 479 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

PHILINTE

Ma foi, vous ferez bien de carder le silence. Contre voire partie éclatez un peu moins. Et donnez an procès une part de vos soins

ALCESTE

Je n'en donnerai point, c'est une chose dite.

PHILINTE

Hais qui voulez-vous dcQic qui pour vous sollicite ?

ALCESTE

Qui je veux? La raison, mon bon droit, Téquité.

PHILINTE

Aucun juge par vous ne sera visité ?

ALCESTE

Non. Est-ce que ma cause est injuste ou douteuse?

PHILINTE

J'en demeure d'accord : mais la brigue est fâcbeuso, Et...

ALCESTE

Non. J'ai résolu de n'en pas faire un pas l'ai tort, ou j'ai raison.

PHILINTE

Ne vous y fiez pas.

ALCESTE

Je ne remuerai point.

PHILINTE

Votre partie est forte.

Et peut, par sa cabale, entraîner...

ALCESTF.

il n'importe.

PHILINTE

Vous vous tromperez.

ALCESTE

Soit* J'en veux voir le succès.

PHILINTE

Mais...

ALCESTE

J'aurai le plaisir de perdre mon procès.

PHILINTE

Hais enfin...

ALCESTE

Je verrai dans cette plaideric

Si les hommes auront assez d'effronterie, Seront assez méchants, scélérats, et pervers, Pour me faire injustice aux yeux de Tunivers.

PHILINTE

Quel homme!

ALCESTE

Je Toudrois, m'en coutât-il grand'chose. Pour la heaulé du fait, avoir perdu .ma cause i.

PHILINTE

On se riroit de vous, Âlcesle, tout de bon Si Ton vous entendoit parler de la façon.

ALCESTE

Tant pis pour qui riroit.

PHILINTE

Mais cette rectitude Que vous voulez en tout avec exactitude, Cette pleine droiture où vous vous renfermez, La trouvez- vous ici dans ce que vous aimez? Je m'étonne, pour moi, qu'étant, comme il le semble. Vous et le genre humain, si fort brouillés ensemble, Malgré tout ce qui peut vous le rendre odieux, Vous ayez pris chez lui ce qui charme vos yeux * ; Et ce qui me surprend encore davantage. C'est cet étrange choix où voire cœur s'engage. La sincère Élianle a du penchant pour vous, La prude Ârsinoé vous voit d'un œil fort doux ; Cependant à leurs vœux votre ame se refuse, Tandis qu'en ses liens Célimène Tamuse, De qui l'humeur coquette et l'esprit médisant Semblent si fort donner dans les mœurs d'à présent. D'où vient que, leur portant une haine mortelle. Vous pouvez bien souffrir ce qu'en tient cette belle? Ne sont-ce plus défauts dans un objet si doux? Ne les voyez-vous pas, ou les excusez-vous ?

'Quelque tour qu'on donne à la chose, ou celui qui sollicite un juge Vexliorte à remplir son devoir, et alors il lui fait une insulte, ou il lui propose une acception de personnes, et alors il le veut séduire, puisque touls acception de personnes est un crime dans un juge, qui doit connoltre raiïaire et non les parties, et ue voir que l'ordre et la loi ; or, je dis qu'eugager un juge à faiCe une mauvaise action, c'est la Taire soi-même, et qu'il vaut mieui perdre une cause juste, que de faire une mauvaise action. Cela est clair, net; il n'y a rieo à répondie. (Jean-Jacqnci Rouiscau.)

' Var. Vous avez piis chez lui ce qui charme vos yeux.

ACTEÎ, SCENE IL 470

ALCESTE

Non. l/amour que je sens pour cette jeune veuve

Ne ferme point mes yeux aux défauts qu'on lui treuve ;

Et je suis, quelque ardeur qu'elle m'ait pu donner.

Le premier à les voir, comme à Jes condamner.

Mais avec tout cela, quoi que je puisse faire,

Je confesse mon foible; elle a Tart de me plaire :

J ai beau voir ses défauts, et j'ai beau l'en blâmer,

En dépit qu'on en ait, elle se fait aimer;

Sa grâce est la plus forte ; et sans doute ma flamme

De ces vices du temps pourra purger son amc.

FHILINTE.

Si vous faites cela, vous ne ferez pas peu. Vous croyez être donc aimé d'elle?

ALCESTE

Oui y parbleu !

Je ne l'aimerois pas, si je ne croyois Tétre.

PHILINTE

Mais si son amitié pour vous se fait paroitre,

Doù vient que vos rivaux vous causent de l'ennui?

C'est qu'un cœur bien atteint veut qu'on soit tout à lui. Et je ne viens ici qu'à dessein de lui dire Tout ce que là-dessus ma passion m'inspire.

PHILINTE

Pour moi, si je n'avois qu'à former des désirs, Sa cousine Éliante auroit tous mes soupirs : Son cœur, qui vous estime, est solide et sincère. Et ce choix plus conforme étoit mieux voire affaire.

ALCESTE

Il est vrai : ma raison me le dit chaque jour; Mais la raison n'est pas ce qui règle l'amour.

PHILINTE

Je crains fort pour vos feux ; et l'espoir où vous êtes Pour roi t..

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