ACTE 1, SCËNË IL
ORONTB.
S'il faut qu une atteote éleraelle
Poasse à boot l'ardeur de inoa lèle,
Le trépas sera moa recours.
Vos soins ne m'en peuvent distraire :
Belle Philis, on désespère,
Alors qu'on espère toujours >.
PHIUNTE.
Ija chute en est jolie, amoureuse, admirable.
ALCESTE, bas, à part.
La peste de ta chute, erfipoisonneur, au diable I En eusses-tu fait une à te casser le nez î
PHIUNTE.
Je n'ai jamais ouï de vers si bien tournés
▲LCESTE, bas, à part.
Morbleu!
ORONTE, àPhilinle.
Vous me flattez, et vous croyez peut-être...
PHILINTE
Non, je ne flatte point.
ALCESTE, bas, à part.
Hél que fais-tu donc, traître?
ORONTE, à Alceste.
Mais pour vous, vous savez quel est notre traité. Parlez-moi, je vous prie, avec sincérité.
ALCESTE
Monsieur, cette matière est toujours délicate,
Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte.
Mais un jour, à quelqu'un dont je tairai le nom,
Je disois, en voyant des vers de sa façon,
Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire
Sar les démangeaisons qui nous prennent d'écrire;
Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements
Qu'on a de faire éclat de tels amusements ;
Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,
On s'expose à jouer de mauvais personnages.
ORONTE
Est-ce que vous voulez me déclarer par là Que j'ai tort de vouloir...
' On cruil ce Monet de BeDierade.
ÂLCESTE*
Je ne dis pas cela.
Mais je lui disois, moi, qu*un froid écrit j Qu'il ne faut que ee foible à déerier un homme, Lt qu eùt-on d'autre part eeel belles qualités, On regarde les gens par leurs méchants côtés.
Est-ce qu'à mon sonnet yoos trouvez à redire?
ÂLCESTE.
Je ne dis pas cela. Maïs, pour ne point écrire, Je lui mettois aux yeux comme, dans notre temps. Cette soif a gâté de fort honnêtes gens.
ÔROKTE.
Est-ce que j'écris mal, et leur resseniblcrois-je?
ALCESTE
Je ne dis pas cela ^ Mais enflo, lui disois-je.
Quel besoin si pressant avez- vous de rimer?
Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer?
Si Ton peut pardonner Tessor d'un mauvais livre,
Ce n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre.
Croyez-moi, résistez à vos tentations,
Dérobez au public ces occupations,
Et n'allez point quitter, de quoi que Ton vous somme.
Le nom que dans la cour vous avez d'honnête homme,
Pour prendre, de la main d'un avide imprimeur,
Celui de ridicule et misérable auteur.
C'est ce que je lâchai de lui faire comprendre^.
ORONTE
Voilà qui va fort bien, et je crois vous entendre. Mais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet...
* Rousseau reproche au Misanthrope de ne pas dire crûment du premier mot à Oronieqne son sonnet ne vaut rien; et il ne s'aperçoit pas que, chaque foi« qu'Alcesie répètH : Je ne dit pai eeUit H dit en effel tout ce qu'on peut dire de plus dur; en sorte que, malgré ce qu'il croit devoir aux formes, il s'abandonoe k f>on caractère dans le temps inême où il croit en Taire le .«acriiîee. Rien n'est plus naturel et plus comique que celle espèce d'illusion qu'il se fait, et Rons. s«*aii I accuse de fausseté dans l'instant où il est le plus vrai; car qu'y a-t-il de plus vrai que d'ëire soi-même en t'efforcant de ne pas l'être ? (La Harpe.)
* Ce passage offre la critique d'une manie très-commune au tein|»s de Hulière pormi les gens de cour, la manie de faire de mauvais vers ei do les publier, i:» (Toyaieul, comme le dit d» Visé, que leur naissanci» devait Icseicuscr lorsqu'il» oerivaient mal; et ils se consolaient en disant : Cela est écrit cavalièrement.