ACTE II, SCÈNE I
Vous avez trop d'amants qu'on voit vous obséder, Et mon coeur de cela ne peut s'accooimoder.
CÉLIMÈNE
Des amants que je fais me rendez- vous coupable? Puis-je empêcher les gens de me trouver aimable? Et lorsque pour me voir ils font de doux efforts, Doîs-je prendre un bâton pour les mettre dehors?
ALCESTE
Non, ce n'est pas, madame, un bâton qu'il faut prendre.
Mais un cœur à leurs vœux moins facile et moins tendre.
Je sais que vos appas vous suivent en tous lieux;
Mais votre accueil retient ceux qu'attirent vos yeux,
Et sa douceur offerte à qui vous rend les armes
Achève sur les cœurs l'ouvrage de vos charmes.
Le ti op riant espoir que vous leur présentez
Attache autour de vous leurs assiduités;
Et votre complaisance, un peu moins étendue.
De tant de soupirants chasscroit la cohue.
Mais, au moins, dites-moi, madame, par quel sort
Votre Clttandre a l'heur de vous plaire si fort?
Sur quel fonds de mérite et de vertu sublime
Appuyez- vous en lui l'honneur de votre estime?
Est-ce par l'ongle long qu'il porte au petit doigt i,
Qu'il s'est acquis chez vous l'estime où l'on le voit?
Vous étes-vous rendue, avec tout le beau monde.
Au mérite éclatant de sa perruque blonde ?
Sont-ce ses grands canons qui vous le font aimer?
L^amas de ses rubans a-t-il su vous charmer?
Est-ce par les appas de sa vaste rhingrave^
Qu'il a gagné votre ame en faisant votre esclave?
Ou sa façon de rire, et son ton de fausset,
Ont-ils de vous toucher su trouver le secret^?
* ScarroD, daos sa nouvelle iragi-comiqne, Plus ^effétt que de paroles^ dit, en parlant du prince de Tarente ; c II s'éloit laissé croître l'oogle du petit doîKt » de la gaucbti jusqu'à une grandeur étonnante, ce qu'il trouvoit le plus galaut >du inonde. » (Bret.)
* Uant8-de>chaufises taillés d'après une mode allemande. (Ménage.)
* Ce passage, qui |>eiDt si bien l'influence des futilités sur le cœur des femmes, a trouvé de nos jours un gracieux écho dans ces vers d'un de noa poêles 1rs plus aimables et les plus aimes :
Et si d'aventure on s'enquête
Qui m'a valu toile conquête,
. C'est l'aH'ire de mon clioval,
CÉLIMÈNB.
Qu'iDJasIement de lui v<mi8 prenei de Tombraget Ne savez-vous pas bien pourquoi je le ménage ; Et que dans mon procès, ainsi qu^ii m^a promis, n peut intéresser tout ce qu'il a d'amis?
ALCESTE
Perdez votre procès, madame, avec constance, Et ne ménagez point un rival qui m'offense.
CÉLIMÈNB.
Mais de tout l'univers vous devenez jaloux.
ALCESTE
C'est que tout l'univers est bien reçu de vous.
CÉLIMàNE.
C'est ce qui doit rasseoir votre ame offaroucliée, Puisque ma complaisance est sur tous épancbée ; Et vous auriez plus lieu de vous en offenser. Si vous me la voyiez sur un seul ramasser.
ALCESTE
Mais moi, que vous blâmez de trop de jalousie, Qu'ai-je de plus qu'eux tous, madame, je vous prie?
CÉLIBIÈNE.
Le bonheur de savoir que vous êtes aimé.
ALCESTE
Et quel lieu de le croire a mon cœur enflammé?
CÉLIMÈNB.
Je pense qu'ayant pris le soin de vous le dire, Un aveu de la sorte a de quoi vous sufGre.
ALCESTE
Mais qui m'assurera que, dans le même instant, Vous n'en disiez, peut-être, aux autres tout autant?
CÉLIMÈNB.
Certes pour un amant la fleurette est mignonne;
Et vous me traitez là de gentille personne.
Hé bien! pour vous ôter d'un semblable souci,
De tout ce que j'ai dit je me dédis ici;
Et rien ne sauroit plus vous tromper que vous-même :
Soyez content.
Un complimenl sur sa mintille, El des bonbons à la vanille Par un beau «oir de carnaval.
(Alfred de Musset.]