‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 155 sur 479 · ACTE H, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE H, SCÈNE V

CÉLIMÈNE

Il est de mes amis.

PHILI^TE.

Je le trouve honnête homme, et d'an air assez sage.

GÉUMÈNE.

Oui ; mais il veut avoir trop d'esprit, dont j'enrage. Il est guindé sans cesse; et, dans tous ses propos, On voit qu'il se travaille à dire de bons mots'. Depuis que dans la tète il s'est mis d'être habile, Rien ne touche son goût, tant il est difficile. H veut voir des défauts à tout ce qu'on écrit, Et pense que louer n'est pas d'un bel esprit. Que c'est être savant que trouver à redire, Qu'il n'appartient qu'aux sots d'admirer et de rire. Et qu'en n'approuvant rien des ouvrages du temps. Il se met au-dessus de tous les autres ^ens. Aux conversations même il trouve à reprendre; Ce sont propos trop bas pour y daigner descendre; Et, les deux bras croisés, du haut de son esprit, Il regarde en pitié tout ce que chacun dit.

ACASTE

Dieu me damne, voilà son portrait véritable.

CLITANDRE, à Céiîmène.

Pour bien peindre les gens vous êtes admirable.

ALCESTE

Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour; Vous n'en épargnez point, et chacun a son tour : Cependant aucun d'eux à vos yeux ne se montre, Qu'on ne vous voie en hâte aller à sa rencontre, Lui présenter la main, et d'un baiser flatteur Appuyer les serments d'être son serviteur.

CLITANDRE

Pourquoi s'en prendre à nous? Si ce qu'on dit vous blesse, Il faut que le reproche à madame s'adresse.

ALCESTE

Non, morbleu I c'est à vous ; et vos ris complaisants Tirent de son esprit tous ces traits médisants. Son humeur satirique est sans cesse nourrie Par le coupable encens de voire flatterie;

* Var. On voit qu'il >c faligue à Uired» bons mol*.

Et son cœur à railler trouverotk moins d'appas, S'il a voit observé qu'on ne Tapplaudît pas. Cesi ainsi qu'aux flatteurs on doit partout se prendre Des vices où Ton voit les hunnains se répandre'.

PHILINTE

Mais pourquoi pour ces f^ens on intérêt si grand, Vous qui condamneriez ce qu'en eux on reprend?

CÉLIMÈNE

Et ne faut-il pas bien que monsieur contredise?

A la commune voix veutM)n qu'il se réduise.

Et qu'il ne fasse pas éclater en tous lieux

L^esprit contrariant qu'il a reçu des cieux?

Le sentiment d'nutrui n'est jamais pour lui plaire :

Il prend toujours en main Topinion contraire,

Et penseroit paroUre un homme du commun,

Si l'on voyoit qu'il fût de l'avis de quelqu'un.

L'honneur de contredire a pour lui tant de charmes,

Qu'il prend contre lui-uiéme assez souvent les armes ;

Et ses vrais sentiments sont combattus par lui,

Aussitôt qu'il les voit dans la bouche d'autrui.

Les rieurs sont pour vous, madame, c'est tout dire ; Et vous pouvez pousser contre moi la satire.

PHILINTE

Mais il est véritable aussi que votre esprit Se gendarme toujours contre tout ce qu'on dit; Et que, par un chagrin que lui-même il avoue, 11 ne sauroit souffrir qu'on blâme ni qu'on loue.

ALCESTE

Cest que jamais, morbleu ! les hommes n'ont raison, Que le chagrin contre eux est toujours de saison. Et que je vois qu'ils sont, sur (ouïes les affaires, loueurs impertinents, ou censeurs téméraires.

CÉLIMÈNE

Mais...

ALCESTE

Non, madame, non, quand j'en devrois mourir, Vous avez des plaisirs que je ne puis souffrir;

' Ce passage fut a|>|>liqiié, lors des premièies représenta lions de la pièee, m duc de Monlausier, l'on des ailleurs de la Guirlande de Julie, et des visiU-urs assidus de IMiôte! de RanibouiUei.

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