ACTE II, SGËNE V. 49d
hi Ton a tort ici de nourrir dans votre ame
Ce grand attachement aux défauta qu'on y bLIme.
CLITANPRE.
Pour moi, je ne sais pas ; mais j^avouerai tout haut Que j ai cru jusqu'ici madame sans défaut.
ACASTE
De grâces et d'attraits je rois qu'elle est poonrue; Mais [es défauts qu'elle a ne frappent point ma vue.
ALCGSTE.
Ils frappent tous la mienne ; et, loin de m'en cacher,
Elle sait que j'ai soin de les lui reprocher.
Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte;
A ne rien pardonner le pur amour éclate ;
Et je bannirois, moi, tous ces lâches amants
Que je verrois soumis à tous mes sentiments.
Et dont, à tout propos, les molles complaisances
Donneroient de l'encens è mes eitravagances.
CÉUHÈNE.
Enfin, s'il faut qu'à vous s'en rapportent les cœors. On doit, pour bien aimer, renoncer aux douceurs. Et du parfait amour mettre l'honneur suprême A bien injurier les personnes qu'on aime.
ÉLIANTE
L^amour, pour l'ordinaire, est peu fait è ces lois,
Et l'on voit les amants vanter toujours leur choix.
Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable,
Et dans l'objet aimé, tout leur devient aimable;
Ils comptent les défauts pour des perfections,
Et savent y donner de favorables noms.
La pâle est au jasmin en blancheur comparable;
La noire à faire peur, une brune adorable;
La maigre a de la taille et de la liberté ;
La grasse est, dans son port, pleine de majesté ;
La malpropre sur soi, de peu d'altraits chargée,
Est mise sous le nom de beauté négligée;
La géante paroit une déesse aux yeux;
La naine un abrégé des merveilles des cieux ;
L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne ;
La fourbe a de l'esprit; la soUe est toute bonne;
La trop grande parleuse est d'agréable humeur;
Et la muette garde une honnête pudeur
âOO LE MISANTHROPE.
C'est ainsi qu'un amant dont Fardeur est extrême Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime^
ÂLCESTE.
Et moi, je souiiens, mot...
CÉLIMÈNE
Brisons là ce discours, Et dans la galerie allons faire deux tours. Quoi! vous vous en allez, messieurs?