ACTE IV, SGËNË III
C'est uue traliison, c'est uoe perfldie, Qui ne saaroit trouver de trop graods châtimeuts; £f je puis tout pennettre à mes ressentiments. Oui, oui; redoutez tout après an tel outrage; Je ne suis plus à moi, je suis tout à la rage. Percé du coup mortel dont vous m'assassinez, Mes sens par la raison ne sont plus gouvernés; Je c«de aux mouvements d'une juste eolère, Et je ne réponds pas de ce que je puis faire.
CÉUHÈME.
D'où vient donc, je vous prie, un tel emportement? Avez-vous, dites-moi, perdu le jugement?
AL€£STE
Oui, oui, je l'ai perdu, lorsque dans votre vue J'ai pris, pour mon malheur, le poison qui me tue, Et que j'ai cru trouver quelque sincérité Dans les traîtres appas dont je fus enchanté.
CÉLIMÈNE
De quelle trahison pouvez-vous donc vous plaindre?
ALCESTE
Ah! que ce cœur est double, et sait bien Tari de feindre! Mfiis, pour le mettre à bout, j'ai des moycus tout préls. Jetez ici les yeux, et connoissez vos traits; Ce billet découvert sufCt pour vous confondre, Et contre ce témoin on n'a rien à répondre.
CÉUMÈNE.
Voilà donc le sujet qui vous trouble l'esprit!
ALCESTE
Vous ne rougissez pas en voyant cet écrit!
CÉLIMÎ^NE.
Et par quelle raison faut-il que j'en rougisse? •
ALCESTE
Quoi! vous joignez ici Taudace à l'artifice!
Le désavouerez-vous pour n'avoir point de seing?
CÉL1MÈ?iE.
Pourquoi désavouer un billet de ma niain'?
Si l'un s'en rapporte au pamplilel iiilitulé la Fameuse Comédienne, ou Histoire des intrigues amoureuses de MoUèrSy le poêle n'aurail fait (|ne liunsporter ici une scène de son in'.érieur. Uu abbc ilo Riciiclieu avait, pour se vcugcr, fait tenir à Molière un billet écrit par sa iemii^c an comte de Giiiclic. Molière, qni tenait on main 1rs prenvcsde l'inlidclitr, eut une explication à la siiilc ilc
i22 L£ UISÂNTHKOPË.
ALCE8TE.
Et VOUS poiivcx le voir saiiB demcnirer confuse Du crime dont vers moi son style vous accuse !
CÉLIMÈNE
Vous êtes, sans mentir, un grand extravagant.
ALCESTE
Quoi ! vous bravez ainsi ce témoin convaincant ! Et ce qui! m*a fait voir de douceur pour Oronte N*a donc rien qui m'ootrage, et qui vous fasse honte?
CÉLIMÈNB.
Oronte t Qui vous dit que la lettre est pour lui?
Les gens qui dans mes mains Font remise aujourd'hui. Riais je veux consentir qu'elle soit pour un autre, Mon cœur en a-t-il moins à se plaindre du vôtre? £n serez-vous vers moi moins coupable en effet?
CÉLIMÈÎSE.
Mais si cVst une femme à qui va ce billet,
En quoi vous blesse-t-il, et qu*a-t-il de coupable?
ALCESTE
Ahl le détour est bon, et Fexcuse admirable.
Je ne m*atlendois pas, je Tavoue, à ce trait
Et me voilà par là convaincu tout à fait.
Osez- vous recourir à ces ruses grossières?
Et croyez-vous les gens sî privés de lumières?
Voyons, voyons on peu par quel biais, de quel air,
Vous voulez soutenir un mensonge si clair ;
Et comment vous pourrez tourner pour une femme
Tous les mots d'un billet qui montre tant de flamme.
Ajustez, pour couvrir un manquement de foi.
Ce que je m'en vais lire ..
CÉLTMÈNE.
H ne me platt pas, moi.
Je vous trouve plaisant d'user d'un tel empire Et de me dire au nez ce que vous m'osez dire!
Non, non, sans s'emporter, prenez un peu souci De me justifier les termes que voici.
laquelle il fui 8i convnincn de la vertu et de la sincérilé de sa femme^ qu'il lui fit mille excuses de son emportement.