‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 175 sur 479 · C.ÉLIMENC · texte numérisé non relu

C.ÉLIMENC

Non, il est pour Oronte; et je veux qu'on le croie. Je reçois tous ses soins avec beaucoup de joie, J'admire ce qu'il dit, j'estime ce qu'il est, Et je tombe d'accord de tout ce qu'il vous plait. Faites, prenez parti ; que rien ne vous arrèle, Et ne me roinpez pas davantage la tête.

ALCESTE, à jMir».

Ciell rien de plus cruel peut-il être inventé,

Et jamais cœur fut-il de la sorle traité I

Quoil d'un juste courroux je suis ému contre elle,

C^est moi qui me viens plaindre, et c'est moi qu'on querelle!

On pousse ma douleur et mes soupçons à bout,

On me laisse tout croire, on fait gloire de tout;

Et cependant mon cœur est encore assez làcho.

Pour ne pouvoir briser la cbaine qui l'attache,

Et pour ne pas 8*armer d'nn généreux mépris

Contre l'ingrat objet dont il est trop épris!

(à Cëlimène.)

Ah ! que vous savez bien ici contre moi-même, Perfide, vous servir de ma foiblesse extrême, Et ménager pour vous Texcés prodigieux De ce fatal amour né de vos traîtres yeux! Défendez-vous au moins d'un crime qui m'accable. Et cessez d'affecter d'élre envers moi coupable. Rendez-moi, s'il se peut, ce billet innocent; A vous prêter les mains ma tendresse consent. Efforcez- vous ici de paroîlre fidèle, Et je m'efforcerai,, moi, de vous croire telle.

CÉLIMENE.

Allez, vous êtes fou dans vos transports jaloux, Et ne méritez pas l'amour qu'on a pour vous. Je voudrois bien savoir qui pourroit me contraindre A descendre pour vous aux bassesses de feindre; Et pourquoi, si nïon cœur penchoit d'autre coUv

â2f LE MISANTHROPE.

Je ne le dirois pas avec sincérité !

Quoi! de mes sentiments Tobligeaiite assurance

Contre lou$ vos soupçons ne prend pas nia déCensc?

Auprès d'un tel garant sont-ils de quelque poids?

N'est-ce pas m'oulrager que d'écouter leur voix f

Et puisque notre cœur fait un effort extrême

lorsqu'il peut se résoudre à confesser qu'il aime;

Puisque rhonneur du sexe, ennemi de nos feux,

S'oppose fortement à de pareils aveux,

f/ainant qui voit pour lui franchir un tel obstacle

Doit-il impunément douter de cet oracfe?

Et n'est-il pas coupable, en ne s'assurant pas

A ce qu'on ne dit point qu'après de grands combats?

Allez, de tels soupçons méritent ma colère ;

Et vous ne valez pas que Ton vous considère.

Je suis sotte, et veux mal à ma simplicité

De conserver encor pour vous quelque bonté ;

Je devrois autre part attacher mon estime,

Et vous faire un sujet de plainte légitime.

ALCCSXE.

Ah ! traîtresse ! mon foible est étrange pour vous ;

Vous me trompez, sans doute, avec des mots si doux ;

Mais il n'importe, il faut suivre ma destinée;

A votre foi mon ame est tout abandonnée;

Je veux voir jusqu'au bout quel sera votre cœur,

Et si de me trahir il aura la noirceur.

CÉLIMÎ^NE.

Non, vous ne m'aimez point comme il faut que Ton aime.

ALCESTE

Ah ! rien u est comparable à mon amour extrême ; Et dans l'ardeur qu'il a de se montrer à tous. Il va jusqu'à former des souhaits contre vous. Oui, je voudrois qu'aucun ne vous trouvât aimable, Que vous fussiez réduite en un sort misérable; Que le ciel en naissant ne vous eût donné rien; Que vous n'eussiez ni rang, ni naissance, ni bien ; Afin que de mon cœur l'éclatant sacrifice Vous pût d'un pareil sort réparer l'injustice; Et que j'eusse la joie et la gloire en ce jour De vous voir tenir tout des mains de mon amour.

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