‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 181 sur 479 · SCÈNE II. - CÉLIMÈNE, ORONTE, ALCESTE · texte numérisé non relu

SCÈNE II. - CÉLIMÈNE, ORONTE, ALCESTE

ORONTE

Oui, c'est à vous de voir si, par des noeuds si doux, Madame, vous voulez m'attacher tout à vous. Il me faut de votre ame une pleine assurance ; Un amant là-dessus n^aime point qu'on balance. Si l'ardeur de mes feux a pu vous émouvoir. Vous ne devez point feindre à me le faire voir ; Et la preuve, après tout, que je vous en demande. C'est de ne plus souffrir qu'Alceste vous prétende, De le sacrifier, madame, à mon amour.

Et de chez vous enfin le bannir dès ce jour.

CELIIIIENE.

Hais quel sujet si grand contre lui vous irrite, Vous à qui j'ai tant vu parler de son mérite?

ORONTE

Madame il ne faut point ces éclaircissements; Il s'agit de savoir quels sont vos sentiments. Choisissez, s'il vous plaît, de garder Tun ou raulrc; Ma résolution n'attend rien que la vôtre.

ALCESTE, sortant du coin où il étoit.

Oui, monsieur a raison; madame, il faut choisir; Et sa demande ici s'accorde à mon désir. Pareille ardeur me presse, et même soin m'amène ; Mon amour veut du vôtre une marque certaine : Les choses ne sont plus pour traîner en longueur. Et voici le moment d'expliquer votre cœur.

ORONTE

Je ne veux point, monsieur, d'une flamme importune Troubler aucunement votre bonne fortune.

ALCESTE

Je ne veux point, monsieur, jaloux ou non jaloux. Partager de son cœur rien du tout avec vous.

ORONTE

Si votre amour au mien lui semble préférable...

ALCESTE

Si du moindre penchant elle est pour vous capable...

ORONTE

Je jure de n'y rien prétendre désormais.

âS2 LE H1SANTH«0PE

ALCESTE

Je jure hautement de ne la voir jamais.

ORONTE

Madame, c est à vous de parler sans contrainte.

Madame, vous pouvez vous expliquer sans crainte.

ORONTE

Vous n'avez qu'à nous dire où s'attachent vos vœux.

ALCESTE

Vous n'avez qu'à trancher et choisir de nous deux

ORONTE

Qnoil sur un pareil choix vous semblez être en peine !

ALCESTE

Quoi! votre ame balance et paroit incertaine!

CÉLIMÈNE

Mon Dieu ! que cette instance est là hors de saison ! Et que vous témoignez tous deux peu de raison ! Je sais prendre parti sur cette préférence, Et ce n'est pas mon cœur maintenant qui balance : Il n'est point suspendu sans doute entre vous deux, Et rien n'est sitôt fait que le choix de nos vœux ; Mais je souffre, à vrai dire, une gêne trop forte  prononcer en face un aveu de la sorte : Je trouve que ces mots qui sont désobligeants, Ne se doivent point dire en présence des gens. Qu'un cœur de son penchant donne assez de lumière, Sans qu'on nous fasse aller jusqu'à rompre en visière; Et qu'il suffît enfin que de plus doux témoins < Instruisent un amant du malheur de ses soins.

ORONTE

Non, non, un franc aveu n'a rien que j'appréhende ; J'y consens pour ma part.

ALCESTE

Et moi, je le demande; C'est son éclat surtout qu^ici j'ose exiger. Et je ne prétends point vous voir rien ménager. Conserver tout le monde est votre grande étude : Mais plus d'amusement, et plus d'incertitude; Il faut vous expliquer nettement là-dessus;

* Témoin est ici pour témoignage

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