II
Non, je tombe d'accord de iout ce qu'il vous plaît :
Tout marche par cabale et par pur intérêt;
Ce n'est plus que la ruse aujouwdlmi qui l'emporte^
Et les hommes devroieat être faits d'autre sorte.
Mais est-ce une raison que leur peu d'équité,
Pour vouloir se tirer de leur société?
Tous ces défauts humains nous donnent, dans la vie,
Des moyens d'exercer notre philosophie :
Cest le plus bel emploi que trouve la vertu ;
Et, si de probité tout étoit revêtu.
Si tous les cœurs éloient francs, justes, et dociles,
La plupart des vertus nous seroient inutiles,
Puisqu'on en met Tusage à pouvoir sans ennui
Supporter dans nos droits Tinjustice d'autrui ;
Et, de même qu'un cœur d'une vertu profonde...
Je sais que vous parlez, monsieur, le mieux du monde ; En beaux raisonnements vous abondez toujours; Mais vous perdez le temps et tous vos beaux diseours. La raison, pour mon bien, veut que je me retire : Je n'ai point sur ma langue un assez grand empire ; De ce que je diroîs je ne répondrois pas, Et je me jetterois cent choses sur les bras. Laissez-moi, sans dispute, attendre Célimèue. Il faut quelle consente au dessein qui m'amène; Je vais voir si son cœur a de l'amour pour moi; Et c'est ce moment-ci qui doit m'en faire foi.
PBIL1NTE.
Moulons chez Élianle, attendant sa venue.
Non : de trop de souci je me sens Tame émue.
Âllcz-\ous-en la voir, et me laissez enfin
Dans ce petit coin sombre avec mon noir chagrin.
PIIILINTE.
C'est une compagnie étrange pour attendre; Et je vais obliger Ëliantc à descendre.