‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 187 sur 479 · SCÈNE VIL — CÉLIMÈNE, ÉLIANTE, ALCESTE, PHILINTK · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL — CÉLIMÈNE, ÉLIANTE, ALCESTE, PHILINTK

ALCESTE, à Célimène.

Hé bien! je me suis tu, malgré ce que je voi, Et j'ai laissé parler tout le monde avant moi. Ai-je pris sur moi-même un assez long empire, Et puis-je maintenant...?

CÉLIMÈlfE.

Oui, vous pouvez tout dire; Vous en êtes en droit, lorsque vous vous plaindrez, Et de me reprocher tout ce que vous voudrez. J'ai tort, je le confesse; et mon ame confuse Ne cherche à vous payer d'aucune vaine ezcuse. J'ai des autres ici méprisé le courroux; Mais je tombe d'accord de mon crime envers vous. Votre ressentiment sans doute est raisonnable; Je sais combien je dois vous paroître coupable, Qne toute chose dit que j'ai pu vous trahir,

Et qu enfin vous avez sujet de me haïr. Faiies-le, j'y consens.

▲LCESTE.

Hé ! le puia-je, traîtresse?

Puis- je ainsi triompher de toute ma tendresse? Et quoique avec ardeur je veuille vous haïr, Trouvê-je un coBur en moi tout prêt à m'obéir?

(à Éliante el à Philinte.)

Vous voyez ce que peut une indigne tendresse, Et je vous fais tous deui témoina de ma foibksse. Mais, à vous dire vrai, ce n'est pas encor tout. Et vous allez me voir la pousser jusqu'au bout, Montrer que c'est à tort que sages ou nous nomme, Et que dans tous les cœurs il est toujours de Thomnio.

(à Célimène.)

Oui, je veux bien, perfide, oublier vos forfaits; J'en saurai, dans mon ame, excuser tous les traits, Et me les couvrirai du nom d'une foiblesse Où le vice du temps porte votre jeunesse, Pourvu que votre cœur veuille donner les mains Au dessein que j'ai fait de fuir tous les humains Et que dans mon désert où j'ai fait vœu de vivre, Vous soyez, sans tarder, résolue à me suivre. C'est par là seulement que, dqns tous les esprits. Vous pouvez réparer le mal de vos écrits, Et qu'après cet éclat qu'un noble cœur abhorre. Il peut m'étre permis de vous aimer encore.

CÉLIMÈNE

Moi, renoncer au monde avant que de vieillir. Et dans votre désert aller m'ensevelir !

ALCE8TE.

Et, s'il faut qu'à mes feux votre flamme réponde. Que vous doit importer tout le reste du monde» Vos désirs avec moi ne sont-ils pas content»?

CÉLIMÈNE

La solitude efTraie une ame de vingt ans. Je ne sens point la mienne assez grande, assez forte^ Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte. Si le don de ma main peut contenter vos vœux, Je pourrai me résoudre à serrer de tels nœuds; El l'hymen...

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