‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 188 sur 479 · SCÈNE VUi - ÉLIANTE, ALCESTE. PHILINTE. ALCESTB, à Éliaote · texte numérisé non relu

SCÈNE VUi - ÉLIANTE, ALCESTE. PHILINTE. ALCESTB, à Éliaote

Madame, cent vertus ornent votre beauté,

Et je n*ai vu qu'en vous de la sincérité ;

De vous depuis longtemps je fais un cas cxiréme;

Mais laissez-moi toujours vous estimer de même,

Et souffrez que mon cœur, dans ses troubles dtvei*s,

Ne se présenle point à l'honneur de vos fers ;

Je m'en sens trop indigne, et commence à conuoilrc

Que le ciel pour ce nœud ne m'avoit point fait naître,

Que ce seroit pour vous un hommage trop bas,

Que le rebut d'un cœur qui ne vous valoit pas ;

Et qu'enfin...

l^LIANTE.

Vous pouvez suivre celle pensée :

Ma main de se donner n'est pas embarrassée; Et voilà votre ami, sans trop m' inquiéter, Qui, si je Ten priois, la pourroit accepter.

PHIUNTE.

Ab ! cet honneur, madame, est toute mon envie, Et j'y sacrifierois et mon sang et ma vie.

ALCESTE

Puissiez-vous, pour goûter de vrais contentements,

L'un pour l'autre à jamais garder ces sentiments!

Trahi de toutes parts^ accablé d'injustices,

Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices;

Et chercher sur la terre un endroit écarté

Où d'éti'e homme d'honneur on ait la liberté.

PHILINTE

Allons^ madame, allons employer toute chose Pour rompre le dessein que son cœur se propose.

COMÉDIE EN TROIS ACTES

Cette comédie^ que Molière appelait aussi le Fagotier, et qui se trouve quelquefois désignée sous ce nom, fut mise au théâtre, comme nous Tavons vu plus haut, pendant les premières représentations du Misanthrope, le 9 août 1666. Elle obtint le plus grand succès. Molière la traitait comme une farce sans conséquence; mais le public, dont elle excitait au dernier point l'hilarité, en faisait beaucoup plus de cas que Tauteur lui-même ; c'est ce que Subligny nous apprend dans ces vers de la Muse dauphine :

Molière, dit-oo, ne l'appelle

Qu'une petite bagaiello.

Mais celle bagatelle e«t d'un esprit si lio.

Que, «'il faut qne je vous le dit-.

L'estime qu'on en fait est noe maladie Qui fait que, dans Paris, loot court an Médecin.

Le sujet du Médecin malgré Im se trouve dans un fabliau du douzième siècle, intitulé le Vilain mire. Mais évidemment ce n'est point dans le texte même de ce vieux conte que notre auteur aura été puiser ses inspirations. Âng^ilbert, dans le livre intitulé Mensa philosophica, rapporte une anecdote qui reproduit sommairement la donnée du Vilain mire. « Qnaedam mulier, dit Anguilbert , percussa a YÎro suo ivit ad castellanum iofirmum, dicens virum sunm esse medicum, sed non mederi cuique nisi forte percuteretur : et sic eum fortissime percuti procura vit. » (Cap. XYiii, de MuHeribus, in fine, fol. 58.) — Une femme maltraitée par son mari alla trouver le châtelain malade^ et lui dit que son mari était médecin, mais qu'il ne guérissait personne s'il n'était battu. C'est ainsi qu'elle trouva le moyen de faire rendre à son mari les coups qu'elle eu avait reçus.

L'auteur d'une vie de Molière^ écrite en 1724, raconte «qu'il tenait d'une personne fort ayancée en âge que Molière avait pris lldée de cette pièce dans une histoire qui réjouit beaucoup Louis XIY, et qu'on disait arrivée du temps de François I^, qui lui-même y avait joué un rôle. » On peut croire, d'après ces indications, que si le texte original du Vilain mire était oublié au dix-septième siècle, le sujet de ce fabliau, traditionnellement recueilli et propagé, circulait comme une anecdote tout à fait populaire, et que Molière, qui prenait, on le sait, son bien partout, s'en est emparé sans en connaître l'origine directe.

La seule critique qu'on ait faite du Médecin malgré lui, a été de dire que c'était une farce. Qu'importe si la farce atteint son but, sans blesser la morale ? La gloire de Molière n'a point à souffrir de cette définition; car dans ce genre encore, il reste le maitre de tous ceux qui l'ont précédé, comme de tous ceux qui l'ont suivi.

PEKSONNAGES.

G (Ironie, père de Luciode.

LUCINDB, fille de Géronte.

L1{ANDBE, amant de Lnciode.

SGANARELLB, msri de Martine.

MARTINE, femme de SgaDareiie.

M. HOBERT, voisin de Sganarcile.

VALÈHE, domestiqne de Gérouie.

LUCAS, mari de Jacqueline.

JACQUELINE, nourrice ctie» Géronte, et femme de Ltica«

THIUAUD,pèredePerriu, >

Pl-RfiiN, J paysans.

SI

24a LE MÉDECIN MALGRE LUL

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