‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 206 sur 479 · SCÈNE U. - GÉRONTE. JACQUELINE, LUCAS · texte numérisé non relu

SCÈNE U. - GÉRONTE. JACQUELINE, LUCAS

JACQUELINE

Par ma fi, monsieu, celi-ci fera justement ce qu'ant fait les autres. Je pense que ce, sera quessi queumi ; et la meilleure médeçaine que l'an pourroil bailler à votre fille, ce seroit, selon moi, un biau et bon mari, pour qui aile eût de Tamiquié.

GÉRONTE

Ouais ! nourrice, ma mie, vous vous mêlez de bien des choses !

LUCAS

Taisez-vous, notre minagère Jacquelaine; ce n'est pas à vous à bouter là votre nez.

JACQUELINE

Je vous dis et vous douze que tous ces médecins n'y feront rian que de Tiau claire; que votre fille a besoin d'autre chose que de rhibarbe et de séné, et qu'un mari est un emplâtre qui garit tous les maux des filles.

GÉRONTE

Est-elle en état maintenant qu'on s'en voulût charger, avec l'infirmité qu'elle a? Et lorsque j'ai été dans le dessein de la marier, ne s'est-elle pas opposée à mes volontés?

JACQUELINE

Je le crois bian; vous l'y vouliez bailler eun homme qu'aile n'aime point. Que ne preniais-vous ce monsieu Liandre, qui li touchoit au cœur? aile auroit été fort obéis-

' Ceci prépare la seconde scène du iroisième acle, où nous verrons Thibaut et FerriD venir demander des remèdes à Sganarellc.

santé; et je m'en vas gager qu'il la prendroit, H, comme aile est, si vous la li vou illais donner.

Ce Léandre n'est pas ce qu*il faut; il n'a pas du bien comme Tautre.

JACQUELINE

Il a eun oncle qui est si riche, dont il est hériquié !

CÉRONTE.

Tous ces biens à venir me semblent autant de chansons. H n'est rien tel que ce qu'on tient; et Ton court grand risque de s'abuser, lorsque l'on compte sur le bien qu'un autre vous garde. La mort n'a pas toujours les oreilles ouvertes aux vœux et aux prières de messieurs les héritiers; et l'on a le temps d'avoir les dents longues, lorsqu'on attend pour vivre le trépas de quelqu'un.

JACQUELINE

Enûn, j'ai toujours ouï dire qu'en mariage, comme ailleurs, contentement passe richesse. Les pères et les mères anl celte maudite couleume de demander toujours, Qu'al-il? et Qu'a-t-elle? et le compère Piarre a marié sa fille Simonette au gros Thomas pour \^n quarquié de vaigne qu'il avait davantage que le jeune Robin, où aile avoit bouté son amiquié ; et v'ià que la pauvre criature en est devenue jaune comme un coing, et n'a pas profité tont depuis ce temps-là. C'est un bel exemple pour vous, monsieu. On n'a que son plaisir en ce monde ; et j'aimerois mieux bailler à ina fille eun bon mari qui li fût agriable, que toutes les reiftes de la Biausse.

GÉRONTE

Peste ! madame la nouiTtce , comme vous déguisez ! Taisez-vous, je vous prie ; vous prenez trop de soin, et vous échauffez votre lait.

LUCAS, frappant, à chaque phrase qii*i< dit, sur l'épaule de Gëronle.

Morgue! tais-toi, fes eune impartinente. Monsieu n'a que faire de tes discours, et il sait ce qu'il a à faire. Méle-toi de donner à teter à ton enfant, sans tant faire la raisonneuse. Monsieu est le père de sa fille; et il est bon et sage pour voir ce qu'il ly faut.

Tout doux! Oh! tout doux

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