ACTE II, SCÈNE Vf
GÉROMTE.
Celui qu'elle doit épouser veut attendre sa guérison pour coQclure les choses.
SGAlfARELLE.
Et qui est ce sot-là, qui ne Teuk pas que. sa femme soit muette? Plût à Dieu que la mienne eût cette maladie! je me garderois bien de la vouloir guérir.
GÉRONTE
Enfin, monsieur, nous vous prions d'employer tous vos soins pour la soulager de son mal.
SGÂNÂRELLE.
Ah ! ne vous mettez pas en peine. Dites-moi un peu : ce mal Toppresse-t-il beaucoup?
giIronte.
Oui, monsieur.
SGANARELLE
Tant mieux. Sent-elle de grandes douleurs?
Fort grandes.
SGANARELLE
C'est fort bien fait^ Va-t-elle où \om savez?
GIRONTE.
Oui.
SGANARELLE
Copieusement?
GÉRONTE
Je n'entends rien à cela.
SGANARELLE
La matière est-elle louable?
'Ésope* coDle qu'un malade, étant interrogé par son médecin quelle opération il sentoil des mcdicamenis qu'il lui avoil donnés : J'ui ftirl sué, rcpondii-il. ^ Cela en bon, dit le médecin. Une autre fois il lui demanda encore comment il s'était porté depuis: J ai en un froid fxtrèoie, lit-il, el si ai Tort tremblé. — Cela est boA, reprit le médecin. A la troisième fois, il demanda derecbef comment ii seportoit : Je me sens, dil-il, enfler el bouffir comme d'iiy- Uropisie. - VoiU qui va bien, ajonta le médecin. Venant après à s'enquérir à lui de son état : Curies, mon ami, répoudit-il, à force «le bien aller, je me racurd **. — Molière avait déjà imité celle fable d'Ésope dans le Médecin volant» € Sentez-vous de grandes douleurs A la tète et aux reins? dit S^anarelle à » Liicile — Oui, monsii'ur. — C'est fort bien l'ail, répond Sganaretle. >
(Aimé Martin.)
"Fable XLIII, Mgrotiàs et medicus,
" Essais de Moului^ue, livre il, cb. xxxvii.
270 LE MÉDEGIIS MALGRÉ LUL
GBBONTE.
Je ne me goodoîs pas à ces choses.
SGANiRELLE, se tournant vers la malade.
Donnez-moi \otre bfas. (âGëronie.} Voilà un pouls qui marque que votre fllle est muelte.
GEROMTE.
Hé ! oui, monsieur, c'est là son mal ; tous l'avex trouvé tout du premier coup.
SGANARELLE
Ha! ha!
JACQUELINE
Voyez comme il a deviné sa maladie!
SGANARELLE
Nous autres grands médecins, nous connoissons d'abord les choses. Un ignorant auroit été embarrassé, et vous eût été dire , C'est ceci , c'est cela ; mais moi , je touche au but du premier coup, et je vous apprends que votre fille est muette.
GÉRONTE
Oui : mais je voudrois bien que vous me pussiez dire d'où cela vient.
II n'est rien de plus aisé ; cela vient de ce qu'elle a perdu la parole.
GÉRONTE
Fort bien. Mais la cause, s'il vous plait, qui fait qu^elle a perdu la parole?
SGANARELLE
Tous nos meilleurs auteurs vous diront que c'est l'empêchement de Taclion de sa langue.
GÉRONTE
Mais encore, vos sentiments sur cet empêchement de l'action de sa langue?
SGANARELLE
Aristote, là-dessus, dit... de fort belles choses i.
■Iniilalion du Médecin volant .■« Ce grand ntëdecin, au cliapitre qu'il a fait
> delanature de» animauxj dit... cent belles choses; et comme les. Iiumcurs V qui ont de la coiinexiic ont beaucoup de rapport (car, par exemple, comme la » méluncolie est ennemie de la joie, el qu'il n'est rien de plus coulraire à la ). sanlc que la raala«rip),noiis pouvons dire avec ce grand homme que voire lillc
> <'8l forl malade. »