‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 306 sur 479 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

El, pour servir son prince, il montra du courage *.

Hais il est devenu comme un homme hébété

Depuis que de Tartuffe on le voit en té lé;

Il rappelle son frère, et Taime dans son ame

Cent fois plus qu'il ne fait mère, fils, fille et femme.

C^est de tous ses secrets l'unique confident,

Et de ses actions le directeur prudent; |

Il le choie, il Tembrasse ; et pour une maîtresse

On ne saurait, je pense, avoir plus de tendresse :

 table, au plus haut bout il veut qu'il soit assis ;

Â\ec joie il l y voit manger autant que six ;

Les bons morceaux de tout, il faut qu'on les lui cède ;

El, s'il vient à roter, il lui dit : Dieu vous aide '^.

Enfin il en est fou ; c'est son tout, son héros ;

Il Tadmire à tous coups, le cite à tous propos ;

Ses moindres actions lui semblent des miracles.

Et tous les mots qu'il dit sont pour lui des oracles.

Lui^ qui connoit sa dupe, et qui veut en jouir,

'Toutes les précaatioD8.éf aient prises, sinon pour Deploscho(|ufr la cabale, du moins pour inlëres-er i« roi dans la pièce, pour le mettre do »on côié cl l« tenir. Dès la seconde scène du premier actf>, Orgon csl loué de n'avoir pas cic frondeiir :

Nos troubl«^ Tavoient mis sur le pied d'homme sage, El, pour servir son priuce, il montra du courage.

Cela, dit en passant, allait an cœur de Louis XIV. Le soupçon d'avoir épousé Ich intérêts du coadjulcur fut toujours le grand crime, le péclié originel de nos jatisënisles dans »on esprit. — L'acte cinquième tout entier roule sur la justice du roi ; c'est le rui qui, aux dernières scènes, dcvieui le personnage dorainani, quoique absent, le \ëriial)le Deut ex machina. Le J piler éclate ici comme dans l'amphitryon, mais avec sérieux. Ce cinquième acte est tonte une uutcbralioD de Louis XIV :

D'un fin discernement sa grande ame pourvue Sur les choses toujours jelle une droite vue ; Chez elle jamais rien ne surprend trop d'accès, Et sa ferme raison ue tombe en nul excès.

Celte louange sur le droit sens naturel et la modération de jugement du mailre, était méritée encore à C4'tte date de 1669; l'apparition du Tartuffe venuit ellemême comme pièce à l'appui. Mais la balance, qui se maintint assrz bien entre lunt excès jusque durant les dix années suivantes, se rompit après.

(Sainte-Beuve.) 'Ce Irait est emprunté de Juvcnal:

Laudaro paraïus

Si bene ructavii, si rectum minxit amicus.

Par cent dehors fardés a Part de l'éblouir ;

Son caçolisine on tire à toute heure des sommes,

Et prend droit do gloser sur tous tant que nous sommes.

Il n'est pas jusqu'au fat qui lui sert de garçon,

Qui ne se mêle aussi de nous faire leçon ;

H vient nous sermonner avec des yeui farouches,

Et jeter nos rubans, notre rouge, et nos mouches.

Le trailre, Taulre jour, nous rompit de ses mains

Un mouchoir qu'il trouva dans une Fleur des Stints,

Disant que nous mêlions, par un crime effroyable,

Avec la sainteté les parures du diable.

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