‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 312 sur 479 · II · texte numérisé non relu

II

Instrait par sou garçoB, qui dans (out L'imitoit,

Kt de son indigence, et de ce qu'il étoit,

Je lui faisois des dons; mats, avec modestie,

Il me vouloit toujours en rendre une partie.

C'est trop, me disoit-il, c'est trop de la moitié;

Je ne mérite pas de vous faire pitié.

¥A quand je refusois de le vouloir reprendre,

Aux pauvres, à mes yeux, il alloit le répandre.

Enfln le ciel chez moi me le fit retirer,

Et depuis ce temps-là tout semble y prospérer.

Je vois qu'il reprend tout, et qu'à ma femme mémo

Il prend, pour mon honneur, un intérêt extrême ;

Il m'avertit des gens qui lui font les yeux doux,

Et plus que moi six fois il s'en montre jaloux.

Mais vous ne croiries point jusqu'où monte son zèle :

Il s'impute à péché la moindre bagatelle;

Un rien presque suftil pour le scandaliser,

Jusque-là qu'il se vint l'autre jour accuser

D'avoir pris une puce en faisant sa prière, i

Et de l'avoir tuée avec trop de colère.

CLÉANTE

Parbleu, vous êtes fou, mon frère, que je croi. Avec de tels discours, vous moquez-vous de moi? Et que pré tendez- vous? Que tout ce badinage...

ORGON

Mon frère, ce discours sent le libertinage : Vous en êtes un peu dans votre ame entiché; Et, comuie je vous Tai plus de dix fois prêché. Vous vous attirerez quelque méchante affaire.

CLliANTE.

Voilà de vos pareils le discours ordinaire : Ils veulent que chacun soit aveugle comme eux. C'est être libertin* que d'avoir de bons yeux ; Et qui n'adore pas de vaines simagrées. N'a ni respect ni foi pour les choses sacrées. Allez, tous vos discours ne me font point de peur; Je sais comme je parle, et le ciel voit mon cœur. De tous vos façonniers on n'est point les esclaves.

' Libertin, aujoord'hiii restreiot à la dôbauche des fi>niin«s, signifiait dans l'origine un esprit (on, un libre penseur; on le disait aiisM des porsunnes indépendantes par caraelèrc, et ennemies de U contraînie. (V. Cffoiu.)

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