II
Instrait par sou garçoB, qui dans (out L'imitoit,
Kt de son indigence, et de ce qu'il étoit,
Je lui faisois des dons; mats, avec modestie,
Il me vouloit toujours en rendre une partie.
C'est trop, me disoit-il, c'est trop de la moitié;
Je ne mérite pas de vous faire pitié.
¥A quand je refusois de le vouloir reprendre,
Aux pauvres, à mes yeux, il alloit le répandre.
Enfln le ciel chez moi me le fit retirer,
Et depuis ce temps-là tout semble y prospérer.
Je vois qu'il reprend tout, et qu'à ma femme mémo
Il prend, pour mon honneur, un intérêt extrême ;
Il m'avertit des gens qui lui font les yeux doux,
Et plus que moi six fois il s'en montre jaloux.
Mais vous ne croiries point jusqu'où monte son zèle :
Il s'impute à péché la moindre bagatelle;
Un rien presque suftil pour le scandaliser,
Jusque-là qu'il se vint l'autre jour accuser
D'avoir pris une puce en faisant sa prière, i
Et de l'avoir tuée avec trop de colère.
CLÉANTE
Parbleu, vous êtes fou, mon frère, que je croi. Avec de tels discours, vous moquez-vous de moi? Et que pré tendez- vous? Que tout ce badinage...
ORGON
Mon frère, ce discours sent le libertinage : Vous en êtes un peu dans votre ame entiché; Et, comuie je vous Tai plus de dix fois prêché. Vous vous attirerez quelque méchante affaire.
CLliANTE.
Voilà de vos pareils le discours ordinaire : Ils veulent que chacun soit aveugle comme eux. C'est être libertin* que d'avoir de bons yeux ; Et qui n'adore pas de vaines simagrées. N'a ni respect ni foi pour les choses sacrées. Allez, tous vos discours ne me font point de peur; Je sais comme je parle, et le ciel voit mon cœur. De tous vos façonniers on n'est point les esclaves.
' Libertin, aujoord'hiii restreiot à la dôbauche des fi>niin«s, signifiait dans l'origine un esprit (on, un libre penseur; on le disait aiisM des porsunnes indépendantes par caraelèrc, et ennemies de U contraînie. (V. Cffoiu.)