SCÈNE L — DAMIS, DORINE
DAMIS
Que la foudre, sur Theure, achève mes destins, Qu'on me traite partout du plus grand des faquins. S'il est aucun respect ni pouvoir qui m'arrête, Et si je ne fais pas quelque coup de ma tète !
DORINE
De grâce, modérez un tel emportement :
Votre père n'a fait qu'en parler simplement.
On n'exécute pas tout ce qai se propose; Et le ctiemin est long du projet à la chose.
DAMIS
Il faut que de ce fat j'arrête les complots,
Et qu'à Toreille un peu je lui dise deux mots.
DOBINE.
Alil tout doux! envers* lui, comme envere votre père,
Laissez agir les soins de votre belle-mère.
Sur Tesprit de Tartuffe elle a quelque crédit,
Il se rend complaisant à tout ce qu^elle dit,
Et pourroit bien avoir douceur de cœur pour elle.
Plût à Dieu qu'il fût vrai! la chose seroit belle '.
Enfin, votre intérêt l'oblige à le mander :
Sur rhymen qui vous trouble elle veut le sonder,
Savoir ses sentiments, et lui faire connaître
Quels fâcheux démêlés il pourra faire naître.
S'il faut qu à ce dessein il prête quelque espoir.
Son valet dit qu'il prie, et je n'ai pu le voir;
Mais ce valet m'a dit qu'il s'en alloit descendre.
Sortez donc, je vous prie, et me laissez l'attendre.
DAMIS
Je puis être présent à tout cet entretien.
DORINE
PoinL II faut qu'ils soient seuls.
DAMIS
Je ne lui dirai rien.
DORINF.
Vous vous moquez : on sait vos transports ordinaires;
Et c'est le vrai moyen de gâter les affaires.
Sortez. ,
DAMIS
Non ; je veux voir, sans me mettre en courroux.
DORINE
Que vous êtes fâcheux ! Il vient. Retirez-vous.
(Damis va se cacher dans im cabinet qui est au fond du (hëAlrc.)
' Déjà trois fols les speclaleurs oni clé prévenus de« sentiments de Tartuffn pour Elmire : ils le serout encore une quairième, et la déclaration suivra aussiiôt. Molière avait besoin d'avertir le public d'une scène aussi extraordinaire; cl c'est en lui prametiaut longtemps d'avance un plaisir, celui de surprendre les secrets de l'Iiypocrile, qu'il prépare cette scène, et qu'il en ciahlii la vraisemblance. (Aimé Martin.)