‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 328 sur 479 · SCÈNE L — DAMIS, DORINE · texte numérisé non relu

SCÈNE L — DAMIS, DORINE

DAMIS

Que la foudre, sur Theure, achève mes destins, Qu'on me traite partout du plus grand des faquins. S'il est aucun respect ni pouvoir qui m'arrête, Et si je ne fais pas quelque coup de ma tète !

DORINE

De grâce, modérez un tel emportement :

Votre père n'a fait qu'en parler simplement.

On n'exécute pas tout ce qai se propose; Et le ctiemin est long du projet à la chose.

DAMIS

Il faut que de ce fat j'arrête les complots,

Et qu'à Toreille un peu je lui dise deux mots.

DOBINE.

Alil tout doux! envers* lui, comme envere votre père,

Laissez agir les soins de votre belle-mère.

Sur Tesprit de Tartuffe elle a quelque crédit,

Il se rend complaisant à tout ce qu^elle dit,

Et pourroit bien avoir douceur de cœur pour elle.

Plût à Dieu qu'il fût vrai! la chose seroit belle '.

Enfin, votre intérêt l'oblige à le mander :

Sur rhymen qui vous trouble elle veut le sonder,

Savoir ses sentiments, et lui faire connaître

Quels fâcheux démêlés il pourra faire naître.

S'il faut qu à ce dessein il prête quelque espoir.

Son valet dit qu'il prie, et je n'ai pu le voir;

Mais ce valet m'a dit qu'il s'en alloit descendre.

Sortez donc, je vous prie, et me laissez l'attendre.

DAMIS

Je puis être présent à tout cet entretien.

DORINE

PoinL II faut qu'ils soient seuls.

DAMIS

Je ne lui dirai rien.

DORINF.

Vous vous moquez : on sait vos transports ordinaires;

Et c'est le vrai moyen de gâter les affaires.

Sortez. ,

DAMIS

Non ; je veux voir, sans me mettre en courroux.

DORINE

Que vous êtes fâcheux ! Il vient. Retirez-vous.

(Damis va se cacher dans im cabinet qui est au fond du (hëAlrc.)

' Déjà trois fols les speclaleurs oni clé prévenus de« sentiments de Tartuffn pour Elmire : ils le serout encore une quairième, et la déclaration suivra aussiiôt. Molière avait besoin d'avertir le public d'une scène aussi extraordinaire; cl c'est en lui prametiaut longtemps d'avance un plaisir, celui de surprendre les secrets de l'Iiypocrile, qu'il prépare cette scène, et qu'il en ciahlii la vraisemblance. (Aimé Martin.)

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