‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 329 sur 479 · SCÈNE IL — TARTUFFE, DORINE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL — TARTUFFE, DORINE

TARTUFFE, parlant haut à son valet, qui est dans la maison, dès qu'il aperçoit Dorine '.

Laurent, serrez ma haire avec ma discipline, Et priez que toujours le ciel vous illumine. Si Ton vtenl ponr me voir, je vais aux prisonnieis, Des aumônes que j'ai, partager les deniers.

DORINE, à pan.

Que d'affectation et de forfanterie!

Que voulez-vous?

DORINE

Vous dire...

TARTUFFE, tiraoi un mouchoir de sa poche.

Ah ! mon Dieu ! je vous prie, Avant que de parier, prenez-moi ce mouchoir.

DORINE

Gomment! '^^

Couvrez ce sein que je ne saurois voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées. Et cela fait venir de coupables pensées.

DORINE

Vous êtes donc bien tendre à la tentation;

Et la chair sur vos sens fait grande impression !

*0n a sonvent demandé pourquoi Molière avait retarde' l'entrée (l« son tiypocrf te iosqa'au troisième acte. Le secret de celte intention se trouve dans ta Lettre sur Vlmpoêteur : < C'est peut-èire, y est-ii dit, une adresse de l'auteur de ne l'avoir pas fait voir plus tôt, mais seulement quand l'action est échaulToe ; car un caracièrede cette force tomberait, s'il paraissait sans faire d'aliord un jeu digne <i« loi.» (Aimé Martin.) — La Bmyère, dans le portrait d'Onup\r«, qni est, comme on sait, le pendant de Tartuffe, semble avoir blâmé indinclemeiM ciMie cotrëe en scène dans ces lignes : < Il (Onuphre) ne dit point ma haire et ma diicipline; an contraire. Il passeroit ponr ce qu'il esi, pour un hypocrite, et il veut passer ponr ce qn'il n'est pas, pour un homme dévot. » Voici ce qae M. Sainte-Beuve a répondu i cette critique : « Que La Bruyère dise tout ce qu'il voudra, ce Laurmtf serre%ma haire.,. y est le plus admirable début dramatique et comique qui se puisse inventer. De tels jraits emportent le reste et déiermineot un caractère. Il y a là toute une vocation : celui qui trouve une (elle en. trée est d'emblée un génie dramatique ; celui qui peut y chercher quelque chose, non pas à critiquer, mais i lèétudier à froid, à perfectionner hors de Ift pour son plaisir, aura tous les mérites qu'on voudra comme moraliste et comme peintre; maisce ne sera jamais qu'un peintre à l'huile, auteur de portrait»! à être admirés dans le cabinet.

Certes, je ne sais pas quelle chaleur vous monte : Hais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte; Et je vous verrois nu du haut jusques en bas. Que toute votre peau ne me tenteroit pas

Mettez dans vos discours un peu de modestie. Ou je vais sur-le-champ vous quitter la partie.

DORINE

Non, non, c'est moi qui vais vous laisser en repos. Et je n'ai seulement qu'à vous dire deux mots. Uadaiiie va venir dans celte salle basse. Et d'un mot d'entretien vous demande la grâce.

TARTCFFE.

Hélas! tré»-volon tiers. *

DORINE, à pan.

Comme il se radoucit!

Ha foi, je suis toujours pour ce que j'en ai dit.

TARTOFFE.

Viendra-t-elle bientôt?

DORINE

Je l'entends, ce me semble.

Oui, c'est elle en personne, et je tous laisse ensemble.

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