ACTE ni, SCEiNE III
Qui D*ail eu pour objet votre convalescence.
ELMIBE.
Votre zèle pour moi s'est trop inquiété.
Oo ne peut trop chérir votre chère santé; Et, pour la rétablir, j'aurois donné la mienne.
ELXIRE.
C'est pousser bien ^vant la charité chrétienne j Et je vous dois beaucoup pour toutes ces bontés.
Je iais bien moins pour vous que vous ne méritez.
ELMIRE
J'ai voulu vous parler en secret d'une affaire, Et suis bien aise, ici, qu'aucun ne nous éclaire.
J'en suis ravi de même; et, sans doute, il m'est doux, Madame, de me voir seul à seul avec vous. CVst une occasion qu'au ciel j'ai demandée, Sans que, jusqu'à celte heure, il me Tait accordée.
ELMIRE
Pour moi, ce que je veux, c'est un mot d'entretien. Où tout votre cœur s'ouvre, et ne me cache rien.
(Damis, sans se montrer, enir'ouvre la porte du c:ihinei (*an8 lequel >i s'étoil retire, ponr entendre la conversation.)
Et je ne veux aussi, pour grâce singulière, Que montrer à vos yeux mon ame tout entière, Et vous faire serment que les bruits que j'ai faits Des visites qu'ici reçoivent vos attraits Ne sont pas envers vous l'efTet d'aucune haine, Mais plutôt d'un transport de zèle qui m'entraîne. Et d'un pur mouvement...
LLMIRE.
Je le prends bien aussi. Et crois que mon salut vous donne ce souci.
TARTUFFE, preBaol la main d'Eimire, et lui serrant les doii^lf.
Oui, madame, sans doute; et ma ferveur est telle...
ELMIRE
Ouf! vous me serrez trop.
C'est par excès de zèle.
De vous faire aucun mal je n'eus jamais dessein , Et j'aurois bien plutôt...
(Il met la main sur les genoux d'EUnire.) ELMIRE. I
Que fait là voire main? |
Je tâte yotre habit : l'étoffe en est moelleuse.
ELUIRE. j
Ah I de grâce, laissez, je suis fort chatouilleuse. I
(Elmire recule son Tanteuil, et Tartuffe se rapproche d'elle.) i
TARTDFFEi maniant le fiebu d'Elmire. i
Mon Dieu! que de ce point louvrage est merveilleux! |
On travaille aujourd'hui d'un air miraculeux : Jamais, en toute chose, on n'a vu si bien faire*.
ELMIRE
Il est vrai. Mais parlons un peu de notre affaire. ^ I
On tient que mon mari veut dégager sa foi,
Et vous donner sa fille. Est -il vrai? dites-moi. '
Il m'en a dit deux mots : mais, madame, à vrai dire, \ Ce n'est pas le bonheur après quoi je soupire;
Et je vois autre part les merveilleux attraits 1
De la félicité qui fait tous mes souhaits. :
ELMIRE
C'est que vous n'aimez rien des choses de la terre. i
Mon sein n'enferme pas un cœur qui soit de pierre.
ELMIRE
Pour moi, je crois qu'au ciel tendent tous vos soupirs, j
Et que rien ici-bas n'arréle vos désirs. I
]/amour qui nous attache aux beautés ëternelies N'ëlouffe pas en nous Tamour des temporelles : Nos sens fitcilement peuvent être charmés Des ouvrages parfaits que le ciel a formés. Ses atlrails rétléchis brillent dans vos pareillps; Mais il étale en vous ses plus rares merveilles :
* PaiHirge, dans Rabelais, ^gil comme Tartuffe :« Quand il se trouvoit en cornpaignie de qnelcques bonnes dames, il leur melloil sus le propos de lingerie, et leur nieitoil la main au sein, demandant : Et ccst ouvraigc csl-il de Flandres ou de Haynault? >