ACTE III, SGÈiNËIfl
Il a sur votre face épancbé des beautés
Dont les yeux sont surpris, et les cœurs transportés;
Et je n'ai pu vous voir, parfaite créature,
Sans admirer en vous Tauteur de la nature,
Et d'une ardente anMur sentir mon cœur atteint,
Au plus beau des portraits où lui-même il s'est peint.
D'abord j'appréhendai que cette ardeur secrète
fie fût du noir esprit une surprise adroite;
Et même à fuir vos yeux mon cœur se résolut.
Vous croyant un obstacle à faire mon salut.
Mais enfin je connus, ô beaulé tout aimable.
Que celte passion peut n'être point coupable.
Que je puis l'ajuster avecqœ la pudeur,
Et c'est ce qui m'y fait abandonner mon cœur.
Ce m'est, je le confesse, une audace bien grande
Que d'oser de ce cœur vous adresser l'offrande ;
Mais j'attends en mes vceui tout de votre 1>onté,
Et rien des vains efforts de mon infirmité.
En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude;
De vous dépend ma peine ou ma béatitude ;
Et je vais être enfin, par votre seul arrêt,
lleureaSy si vous voulez; malheureux, s'il vous platt.
ELUIRE.
La déclaration est tout à fait galante ;
Mais elle est, à vrai dire, un peu bien surprenante.
Vous deviez, ce me semble, armer mieux votre sein,
Et raisonner un peu sur un pareil dessein.
Un dévot comme vous, et que partout on nomme...
Ah ! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme * : Et, lorsqu'on vient à voir vos célestes appas, Un cœur se laisse prendre, et ne raisonne pas.
* On a dit que ce vers étoU une parodie de celui de Serlorius : Et pour êlrc Romain, je n'en suis pas moins liororoe. C'est une erreur. Molière imite ici un passage du Décamëron de Bocace, ou, pour mieux diro, il ne fait que truduire liitéralemeui les paroles d'un conrcsscur qui joue auprès de sa pënitcntH le même rôle que Tartuffe jone auprès d'Elmire : € Vous devez, lui dii.il, vous glorifier des charmes que le ciel vous a donnes, en pensant qu'ils unt pu pluiru à un saint. C'est voin; boauié irrcsisiibic, c'est l'a^ mr.ur, qui me rorcent à en agir ainsi ; et, pour ëlrc abbé, je u'fn sui^ pas moins homme : Corne che io tia aMwte, io sono uomo corne gli aliri. ». (Brei.)
J6 sais qa'un tel discours de moi paroU étrange :
Hais, madame, après tout, je ne suis pas qq auge -,
Et, si vous condamnez Taveii que je vous fais,
Vou^ devez vous en prendre à fos charmants attraits.
Dès que j'en vis briller la splendenr plus qu'humaine.
De mon intérieur vous fûtes souveraine ;
De vos regards divins TinefTable douceur
Força la résistance où s'obstinoit mon cœur ;
Elle surmonta tout, jeûnes, prières, (armes,
Et tourna tous mes vœux du côté de vos charmes.
Mes yeux et mes soupirs vous Tont dit mille fois;
Et, pour mieux m'expUqoer, j'emploie ici la voix.
Que si vous contemplez, d'une ame un peu bénigne.
Les tribulations de votre esclave indigne ;
S'il faut que vos bontés veuillent me consoler,
Et jusqu'à inon néant daignent se ravaler.
J'aurai toujours pour vous, ô suave merveille.
Une dévolion à nulle autre pareille.
Voire honneur avec moi ne court point de hasard.
Et n'a nulle disgrâce à craindre de ma part.
Tous ces galants de cour, dont les femmes sont folles,
Sont bruyants dans leurs faits et vains dans leurs parok*s;
De leurs progrès sans cesse on les voit se (arguer ;
Ils n'ont point de faveurs qu'ils n'aillent divulguer;
Et leur langue indiscrète, en qui Ton se confie.
Déshonore l'autel où leur cœur sacrifie.
Mais les gens comme nous brûlent d'uu feu discret,
Avec qui, pour toujours, on est sûr du secret.
Le soin que nous prenons de notre renommée
Répond de toute chose à la personne aimée;
Et c'est en nous qu on trouve, acceptant notre cœur,
De l'amour sans scandale, et du plaisir sans peur.
ELMIRE
Je vous écoute dire, et votre rhétorique
En termes assez forts à mon amc s'explique.
N'appréhendez- vous point que je ne sois d'humeur
A dire à mon mari celte galante ardeur.
Et que le prompt avis d'un amour de la sorte
Ne pût bien altérer Tamitié qu'il vous porte?
Je sais que vous avez trop de bénignité.