ACTE V, SCÈNE IV
ELMIRE
Pour moi, je ne crois pas celle instance possibl**, Et son ingratitude est ici trop visible.
CL1£ÂIfTE, à Orgon.
Ne \ous y fiez pas; il aura des ressorts Pour donner conlre vous raison à ses efforts, Et sur moins que cela le poids d'une cabale Embarrasse les gens dans un fâcheux dédalo. Je vous le dis encore : armé de ce qu'il a, Vous ne deviez jamais le pousser jusque-lù.
ORGOKf.
Il est vrai; mais qu'y faire? A Torgueil de ce traîtic. De mes ressentiments je n'ai pas été maître.
CLÉANTE
Je Toudrois de bon cœur qu'on put entre vous deux De quelque ombre de paix raccommoder les nœuds.
ELMIRE
Si j'avots su qu'en main il a de telles armes, Je n'aurois pas donné matière à tant d'alarmes; Et mes...
ORGON, à Dorino, voyant entier monsieur Loyal.
Que veut cet homme? Allez tôt le savoir. Je suis bien en état que Ton me vienne voir!
SCÈNE IV. — ORGON, MADAME PERNELLE, ELMIRE, MARIANIi:, CLÉANTE, DAMIS, DORINE, MONSIEl R LOYAL.
MONSIEUR LOYAL, à Dorine, dans le fond du lhé.^tro.
Bonjour, ma chère sœur; faites, je vous supplie, Cue je parle à monsieur.
DORINE
Il est en compagnie; Et je doute qu'il puisse 6 présent voir quelqu'un.
MONSIEUR LOYAL
Je ne suis pas pour élro on ces lieux importun. Mon abord n'aura rien, je crois, qui lui déplaise; Et je viens pour un fait dont il sera bien uise.
DORINE
Votre nom ?
MONSIEUR LOYAL
Dites-lui seulomeiil que je vicn
De la pnrt de monsieur Tarluffe, pour son bien.
DORINE» à Orgoo.
C'est un homme qui vient, avec douce manière. De la part de monsieur Tartuffe, pour affaire Dont vous serei, dit-il, bien aise.
CLGAKTF.) à OrgAn.
Il VOUS faut voir Ce que c*est que cet homme, et ce qu il peut vouloir.
OBGON, à Cléante.
Pour nous raccommoder il vient ici peut-être : Quels sentiments aurai-je à lui faire paroltre^?
CLÉANTE
Votre ressentiment ne doit point éclater; Et s'il parle d'accord, il le faut écouter.
MONSIEUR LOYAL,- a Orgon.
Salut, monsieur! Le ciel perde qui vous veut nuire, Et vous soit favorable autant que je désire^ !
ORGON, bat, à Cléante.
Ce doux début s'accorde avec mon jugement Et présage déjà quelque accommodement.
MONSIEUR LOTAL.
Toute votre maison m'a toujours éUi chère, Et j'étois serviteur de monsieur votre père.
ORGON
Monsieur, j'ai grande honte et demande pardon Dëtre sans vous connoltre ou savoir votre nom.
MONSIEUR LOTAL.
Je m'appelle Loyal, natif de Normandie, El suis huissier à verge, en dépit de l'envie. J'ai, depuis quarante ans, grâce au ciel, le bonheur D'en exercer la charge avec beaucoup d'honneur, El je vous viens, monsieur, avec votre licence. Signifier Icxploit de certaine ordonnance...
' Dans rétiiiion de 1682, ce verbe est écrit, tan<ôt par un o, tantôt par un a, tantôt par un e, saivani les besoins de la rime.
' C'est faute d'avoir pénétré les intentions dn pool» que les commentateurs 01)1 blAmé ce rôle, c M. Loyal, est-il dit dans la Leitre sur Vlmposteur^ fait voir qu'il y a des faux dévots dans toutes les professions, et qu'ils sont tous liés ensemble, ce qui est le caractère de la cabale. » C'est donc pour montrer l'union del faux dévots de toutes les classes que Molière a fait de M. Loyal un saint île la uicme étofle que Tartnffi'. (Aimé Martin.)