‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 356 sur 479 · ACTE V, SCENE Hl · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE Hl

Et veut, à ma ruine, user des avantages

Dont le viennent d'armer mes bontés trop peu sages,

Me chasser de mes biens où je Tai transféré,

Et me réduire au point d'où je Tai retiré.

DORINE

Le pauvre homme !

MADAME PERNELLE

Mon ÛIs, je ne puis du tout croire Qu'il ait voulu commettre une action si noire.

ORGON

Comment?

MADAME PERNELLE

Les gens de bien sont enviés toujours.

ORGON

Que voulez-vous donc dire avec votre discours, Ma mère?

MADAME PERNELLL.

Que chez vous on vit d'étrange sorte, Et qu'on ne sait que trop la haine qu'on lut porte.

ORGON

Qu'a cette haine à faire avec ce qu'on vous dit?

MADAME PERNELLE

Je vous Tai dit cent fois quand vous étiez petit : La vertu dans le monde est toujours poursuivie; Les envieux mourront, mais non jamais l'envie ^

ORGON

Mais que fait ce discours aux choses d aujourd'hui?

MADAME PERNELLE

On vous aura forgé cent sots contes de lui.

ORGON

Je vous ai dit déjà que j'ai vu tout moi-même.

MADAME PERNELLE

Des esprits médisants la malice est extrême.

ORGON

Vous me feriez damner, ma mère! Je vous di Que j'ai vu de mes yeux un crime si hardi.

MADAME PERNELLE

Les langues ont toujours du venin à répandre,

* Vert emprunlë A hd proverbe : VenvU ne mourra jamais, mais les tnvieux «lourroRt ; celte phraoe m trouve dans la comédie des Proverbes d'Adrien de lloutliic, imprimée ci> 16l6.

Et rien n est ici-bas qui s'en puisse défeiidi*e.

ORGON

Cest tenir un propos de sens bien dépourvu. Je l'ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu. Ce qu'on appelle vu. Faut-il vous le rebaltre Aux oreilles cent fois, et crier comme quatre?

MADAME PERNELLE

Mon Dieu I le plus souvent l'apparence déçoit : 11 ne faut pas toujours juger sur ce qu'on voit.

ORGON

J'enrage 1

MADAME PERNELLE

Aux faux soupçons la nalure est sujette, Et c'est souvent à mal que le bien s'interprète.

ORGON

Je dois interpréter à charitable soin Le désir d'embrasser ma femme t

MADAME PERNELLE

Il est besoin, Pour accuser les gens, d'avoir de justes causes; Et vous deviez attendre à vous voir sûr des choses.

ORGON

Hé! diantre! le moyen de m'en assurer mieux? Je devois donc, ma mère, attendre qu'à mes yeux Il eût... Vous me feriez dire quelque sottise.

MADAME PERNELLE

Enfin d'un trop pur zèle on voit son ame éprise; Et je ne puis du tout me mettre dans lesprit Qu'il ait voulu tenter les choses que l'on dit.

ORGON

Allez, je ne sais pas, si vous n'étiez ma mère, Ce que je vous dirois, tant je suis en colère.

DORTINE, à Orgon.

Juste retour, monsieur, des choses d*ici-bas :

Vous ne vouliez point croire, et l'on ne vous croit pas.

CLÉANTE

Nous perdons des moments en bagatelles pures, Qu'il faudroit employer à prendre des mesurer. Aux menaces du fourbe on doit ne dormir point.

DAMIS

Quoi ! son effronterie iroit jusqu'à ce point?

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