II
MONSIEUR LOYAL
Pour toas les gens de bieo j'ai de grandes tendresses,
Et ne me suis voulu, monsieur, charger des pièces
Que pour vous obliger el tous faire plaisir;
Que pour ôler par là le moyen d'en choisir
Qui, n'ayant pas pour vous le zèle qui me pousse,
Auroient pu procéder d'une façon moins douce.
0RG09.
Et que peut-on de pis que d ordonner aux gens De sortir de chez eux?
MONSIEUR LOYAL
On vous donne du temps; Et jusques à demain je ferai surséance A l'exécution, monsieur, de Tordonnancc.
Je viendrai seulement passer ici la nuit Avec dix de mes gens, sans scandale et sans bruit. Pour la forme il faudra, s'il vous plail, qu'on m'apporte, Avant que se coucher, les clefs de votre porte. J'aurai soin de ne pas troubler votre repos, Et de ne rien souffrir qui ne soit à propos. Mais demain, du matin, il vous faut être habile A vider de céans jusqu'au moindre ustensile; Mes gens vous aideront, et je les ai pris forts Pour vous faire service à tout mettre dehors. On n'en peut pas user mieux que je fais, je pense; Et, comme je vous traite avec grande indulgence, Je vous conjure aussi, monsieur, d'en user bien, Et qu'au dû de ma charge on ne me trouble en rien.
ORGON, à pan.
Du meilleur de mon cœur je donnerois, sur l'heure, Les cent plus beaux louis de ce qui me demeure. Et pouvoir, à plaisir, sur ce mutle assener Le plus grand coup de poing qui se puisse donner.
CLÉANTE, bas, à Orgon.
Laissez, ne gâtons rien.
DAMI».
A cette audace étrange J'ai peine à me tenir, et la main me démange.
DORINE
.\vec un si bon dos, ma foi, monsieur Loyal, Quelques coups de bâton ne vous siéroient pas mal.