‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 375 sur 479 · ACTE I, SCÈNE H · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE H

Tu murmures je oe sais quoi.

SOSIE

Non. Hais, au nom des dieux, donne-moi la licence De parler un moment à toi.

MERCURE

Parle.

SOSIE

Haïs promets-inoi, de grâce, Que les coups n'en seront point.

Signons une lré?e.

MERCURE

Passe; Va, je t'accorde ce point.

Qui te jette, dis-moi, dans cette fantaisie? Que te reviendra-t-il de m'enlever mon nom ? Et peux-tu faire enfin, quand tu serois démon, Que je ne sois pas moi, que je ne sois Sosie?

MERCURE, levant le bâlon sur Soaie.

Comment? tu peux ?

SOSIE

Ah ! tout doux :

Nous BTons fait trêve aux coups.

MERCURE

Quoil pendard, imposteur, coquin f...

SOSIE

Pour des injures.

Dis-m'en tant que tu voudras ; Ce sont légères blessures, Et je ne m^en fâche pas.

MERCURE

Tu te dis Sosie?

SOSIE

Oui. Quelque conte frivole...

MERCURE

Sus, je romps notre Irêve, et reprends ma parole.

SOSIE

N'importe. Je ne puis m'anéantir pour toi, Et souffrir un discours si loin de ^apparence. Être ce que je suis est-il en ta puissance ? Et puis-je cesser d'élre moi?

474 AMPHITRYON

S'avisa-t-on jamais d'une chose pareille? Et peiil-on démentir cent indices pressants?

Rêvé-je? Est-ce que je sommeille?

Ai-je Tesprit troublé par des transports puissants?

Ne sens-je pas bien que je veille ?

Ne suis-je pas dans mon bon sens ?

Mon maître Amphitryon ne m'a-t-il pas commis A Tenir en ces lieui vers AIcmène sa femme ? Ne lui dois-je pas faire, en lui vantant sa flamme, Un récit de ses faits contre nos ennemis ? Ne suis-je pas du port arrivé tout à Theure?

Ne tiens-je pas une lanterne en main ? Ne te trouvé-je pas devant notre demeure ? Ne t'y parlé-je pas d'un esprit tout humain ? Ne te tiens-tu pas fort de ma poltronnerie.

Pour m'empécher d'entrer chez nous?

N'as-tu pas sur mon dos exercé ta furie?

Ne m 'as- tu pas roué de coups ?

Ah ! tout cela n'est que trop véritable ;

Et, plût au ciel, le fût-il moins I Cesse donc d'insulter au sort d'un misérable : Et laisse à mon devoir s'acquitter de ses soins.

MERCURE

Arrête, ou sur ton dos le moindre pas attire Un assommant éclat de mon juste ootrroax.

Tout ce que tu viens de dire

Est À moi, hormis les coups.

Ce matin, du vaisseau, plein de frayeur en Famé, Cette lanterne sait comme je suis parti. Amphitryon, du camp, vers AIcmène sa femme M'a-t-il pas envoyé?

MERCUM.

Voos en avez menti.

C'est moi qu'Amphitryon députe vers Alcméne, Et qui du port persique ^ arrive de ce pas; Moi, qui viens annoncer la valeur de son bras Qui nous fait remporter une victoire pleine, Et de nos ennemis a mis le chef à bas.

• Portd'Eubér.

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