ACTE I, SGËNË II
C'est moi qui suis Sosi« enGii, de certitude,
Fils de Dave,' honnête berger; Frère d'Ârpage, mort en pays étranger ;
Mari de Cléantbis la f>rude,
l>ont rhnmeur me fait enrager ; Qui dans Thèbe ai reçu mille coups d'étriviérc,
Sans en avoir jamais dit rien; Et jadis en public fus marqué par derrière,
Pour être trap homme de bien '.
SOSIE, bas, Il pnt.
Il a raison. Â inoins d'être Sosie, On ne peut pas savoir tout ce qu^il dit; £t^ dans réionaement dont mon ame est saisie, Je commence, à mon tour, à le croire un petit. En effet, maintenant que je fe considère, Je vois qu^il a de moi taille, mine, action. Faisons-lui quelque question, Afin d^éclaircir ce mystère.
(Haut.)
Parmi tout le butiii fait sur nos ennemis^ Qu'est-ce qu'Amphitryon obtient pour son partage?
MERCUBB.
Cinq fort gros diamants en nœud proprement mis, Dont leur chef se paroi t comme' d'un rare ouvrage.
SOSIE
A qui destine-t-il un si riche présent?
MERCURE
A sa femme; et sur elle il le veut voir paroître.
SOSIE
Mais où, pour l'apporter^ est-il mis à présent?
MERCURE
Dans un coffret scellé des armes de mon maître ^.
SOSIE, i part.
Il ne ment pas d'un mot k chaque repartie;
* DaD* Piaule, So«io, faisant aUiiiion aui coups de fouet qu'on donnait aux esclaves, dit de Mercure : S'il a te dot cieatriséy il ne manqtie rien à la ressemblance! L'usage de marquer les mairaileurs sur IVpauIe n'existait pas cbex letaocieos. (Aimé Martin.)
' Les armes, héraldiquement parlant, sont une invention des temps de la chevalerie. Ainsi Amphitryon n'avait point on cachet biasonné, mais, comme la plupart des anciens, un anneau sur la pierre duquel était gravé quelque signe particulier qu'il avait adopté. (Augcr.)
476 AMPHITRYON
Et de moi je commence à douter fout de bon. Près de moi, par la force, il est déjà Sosie; Il ponrroit bien encor Tétre par la raison. Pourtant, quand je me là te et que je me rappelle,
H me semble que je suis moi.
Où puis-je rencontrer quelque clarté fidèle.
Pour démêler ce que je voi?
Ce que j'ai fait tout seul, et que n^a va personne, A moins d'être moi-même, on ne le peut saToîr, Par cette question il faut que je Tétonne; C'est de quoi le confondre, et nous allons le voir.
(Haat.)
Lorsqu'on étoit aux mains, que fis-tu dans nos tentes. Où tu courus seul te fourrer ?
MEaCIJRE.
D'un jambon...
SOSIE, bas, à part.
L'y voilà ?
MERCURE
Que j'allai déterrer Je coupai bravement deui tranches succulentes,
Dont je sus fort bien me bourrer; Et, joignant à cela d'un vin que Ton ménage, Et dont, avant le goût, les yeux se contentoient, Je pris un peu de courage Pour nos gens qui se batloient.
SOSIE, bas, & part.
Cette preuve sans pareille En sa faveur conclut bien ; Et Ton n*y peut dire rien, S'il n'étoit dans la bouteille *.
(Haut.)
Je ne saurois nier, aux preuves qu'on m'expose, Que tu ne sois Sosie, et j'y donne ma voix. Mais, si tu l'es, dis-moi qui tu veux que je sois? Car enfin faut-il bien que je sois quelque chose.
' Cotle plaisaDierie appartient à Piaule; mais Molière doit peulètre à Rotro» de l'avoir rendue si heureasement. Voici les ver« de Rotroa :
Je suis sans repartie après cette merveille,
S'il n'étoilt par hasard, cadié dans la bouteille^
(Auger.)