SCÈNE VI. - JUPITER, ALCMÈNE, CLÉANTHIS, SOSIE
Voulez- VOUS me désespérer?
Hélas ! arrêtez, belle Alcmène.
ALCMENE.
Non, avec Fauteur de ma peine Je ne puis du tout demeurer.
JUPITEB.
De grâce 1
ALCMÈNE
Laissez-moi.
JUPITER
Quoi!
ALCMÈNE
Laissez-moi, vous dis-je.
JUPITER, bas, à part.
Ses pleurs touchent mpn ame, et sa douleur m'afflige
(Maul.)
Souffrez que mon cœur...
ALCMÈNE
Non, ne suivez point mes pas.
JUPITER
Où voulez- vous aller?
ALCMÈNE
Où vous ne serez pas '.
Ce vous est une attente vaine.
Je tiens à vos beautés par un nœud trop serré,
' Molière a dit encore daot la scène iv de â'acie II de Don Gareis: *
DON &ARCIE.
Où fiiyez-voiis?
DONE EI.VinE.
Ou vous ne seiTï point, trop cdicux jaloux.
504 AMPHITRYON
Pour pouvoir un iiioinent en élre séparé. Je vous suivrai partout, Âlemène.
AIXULNE.
Et moi, partout je vous fuirai.
JUPITER
Je suis donc bien épouvantable!
ALCMÈNE
Plus qu'on ne peut dire, à mes yeux.
Oui, je vous vois comme un monstre effroyable,
Un monstre cruel, furieux,
Et dont rapproche est redoutable;
Comme un monstre à fuir en tous lieux. Mon cœur souffre, à vous voir, une peine incroyable :
C'est un supplice qui m^accable :
Et je ne vois rien sous les cieux
D'affreux, d'horrible, d'odieux, Qui ne me fût plus que vous supportable.
JUPITER
En voiln bien, hélas ! que votre bouche dit.
ALCMÈNE
J en ai dans le cœur davantage ; Et, pour s'exprimer tout, ce cœur a du dépit De ne point trouver de langage.
JUPITER
Hél que vous a donc fait ma flamme, Pour me pouvoir, AIcmènc, en monstre regarder?
ÂLCHÈNE.
Ah ! juste cietl cela peut-il se demander? Et Ji'est-ce pas pour mettre à bout une ame?
JUPITER
Ahl d'un esprit plus adouci...
ALCMENE.
Non, je ne veux du tout vous voir, ni vous entendre.
JUPITER
Avez- vous bien le cœur de me traiter ainsi?
Estrce là cet amour si tendre Qui devoit tant durer quand je vins hier ici?
ALCMÈNE
Non, non, ce ne l'est pas, el vos lâches injures
En ont autrement ordonné.
H n'es! plus, cet amour tendre et passionné;