‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 398 sur 479 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

Vous Tavez dans mon cœar, par cent vives blessures, Cruellement assassiné.

C'est en sa place un courroui intlexible. Un vif ressentiment, un dépit invincible, Un désespoir d'un coeur justement animé, Qui prétend vous haïr, pour cet affront sensible, Autant qu'il est d'accord de vous avoir aimé;

Et c'est haïr autant qu'il est possible.

JUPITER

Hélas ! que votre amour n'avoit guère de force, Si de si peu de chose on le peut voir mourir! Ce qui n'étoit que jeu doit-il faire un divorce? Et d'une raillerie a-t-on lieu de s'aigrir?

ALCMÈNE

Ah ! c^est cela dont je suis offensée, Et que ne peut pardonner mon courroux : Des véritables traits d'un mouvement jaloui Je me trouverais moins blessée.

La jalousie a des impressions Dont bien souvent la force nous entraine; Et l'ame la plus sage, en ces occasions. Sans doute avec assez de peine Répond do ses émotions.

L'emportement d'un cœur qui peut s'être abusé A de quoi ramener une ame qu'il offense; Et dans Tamour qui lui donne naissance, Il trouve au moins, malgré toute sa violence,

Des raisons pour être excusé.

De semblables transports contre un ressentiment Pour défense toujours ont ce qui les fait naître; Et l'on donne grâce aisément A ce dont on n'est pas le maître.

Mais, que de gaieté de cœur.

On passe aux mouvements d'une fureur extrême ; Que sans cause, l'on vienne, avec tant de rigueur, Blesser la tendresse et l'honneur D'un cœur qui chèrement vous aime , Ah I c'est un coup trop cruel en lui-même, Et que jamais n'oubliera ma douleur.

JUPITER

Oui, vous avez raison, Alcmène, il se faut rendre. II. 43

506 AMPHITRYON

Cette action s&fis doute est un crime odfeut,

Je ne prétends plus le défendre; Hais soulTret que mon cœur 9>n défende à to» yeux,

Et donne au vôtre à qui se prendre

De ce transport injurieux.

A vous en faire un aveu véritable, L'époux, AIcmèiie, a commis tout le mal; C'est l'époux qu'il vous faut regarder en coupable : L'amant n'a point de part à ce transport brutal, Et de vous ofTenser son cœor n'est point capable. Il a pour vous, ce coeur, pour jamais y peuser,

Trop de respect et de tendresse; Et si de faire rien à vous pouvoir blesser

Il avoit eu la coupable foiMesse, De cent coups à vos yeux il voudroit le percer. Mais l'époux est sorti de ce respect soumt»

Où pour vous «n doit toujours être; A son dur procédé l'époux s'est fait conuottre, Et par le droit d'hymen il s'est cru Umi permis. Oui, c'est lui qui sans doute est criminel vers vous. Lui seul a maltraité votre aimable personne;

Haïssez, détestez Fépoux,

J'y consens, et vous l'abandonne :

Mais, Alcmène, saavex Tamant do ce courroux

Qu'une telle offense vous doMne;

N'en jetez pas sur hii reflet,

Démélez-le un peu du coapable;

Et, pour être enfln équitable.

Ne le punissez point de ce qu'il n'a pas fort.

ALCMÈNE

Ah ! toutes ces subtilités

N'ont que des excuses frivoles.

Et pour les esprits irrités Ce sont des contretemps fue de telles paroles. Ce détour ridicule est en vain pris par vous. Je ne distingue rien en celui qui m'offense, Tout y devient l'objet de mon courroux ;

Et, dans sa juste violence, Sont confondus et l'amant et l'époux.

Tous deux de même sorte occupent ma pensée, Et des mêmes couleurs, par mon ame blessée,

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