ACTE I, SCÈNE II. 53T
LDBIN*
Le mari, à ce qu'ils disent, est un jaloux qui ne veut pas quon fasse l'amour à sa femme; et il feroit le diable à quatre, si cela venoit à ses oreilles. Vous comprenez bien?
GEORGE DANDIN
Fort bien.
LUBIN
Il ne faut pas qu^il sache rien de tout ceci.
GEORGE DANOm.
Sans doute.
LUBIN
On le veut tromper lout doucement. Vous entendez bien?
GEORGE DAr^DIN,
Le mieux du monde.
LUBIN
Si vous alliez dire que vous m'avez vu sortir de chez lui, vous gèleriez touie Taffaire. Vous comprenez bien ?
GEORGE DANDIN
Assurément. Hé! comment nommez-vous celui qui vous a envoyé là dedans?
C'est le seigneur de notre pays, monsieur le vicomte de chose... Foin! je ne me souviens jamais comment diantre ils baragouinent ce nom-là. Monsieur Cli... Cliiandre.
GEORGE DANDIN
Est-ce ce jeune courtisan qui demeure...?
LUBIN
Oui ; auprès de ces arbres.
GEORGE DANDIN, à pari.
C'est pour cela que depuis peu ce damoiseau poli s'est venu loger contre moi. J'avois bon ne^, sans doute; et son voisinage déjà m'avoit donné quelque soupçon.
LUBIN
Téligué 1 c'est le plus honnête homme que vous ayez jamais vu. Il m'a donné trois pièces d'or pour aller dire seulement à la femme qu'il est amoureux d'elle, et qu'il souhaite fort l'honneur de pouvoir lui parler. Voyez s'il y a là une grande fatigue, pour me payer si bien; et ce qu'est, au prix de cela, une journée de travail, où je ne gagne que dix sous ]
•138 GËOUGE DANDIN.
GEORGE DANDIN
Ué bien ! avez-vous fait votre message ?
LUBIN
Oui. J'ai trouvé là dedans une certaine Claudine, qui, tout du premier coup , a compris ce que je voulois , et qui m'a fait parler à sa maîtresse.
GEORGE DANDIN, A |iart.
Ah I coquine de servante !
LDBÏN.
Morguienne! cette Claudine-là est tout è fait jolie : elle a gagné mon amitié, et il ne tiendra qu'à elle que nous ne soyons mariés ensemble.
GEORGE DANDIN
Mais quelle réponse a faite ta maîtresse à ce monsieur le courtisan?
tUBIN.
Elle m'a dit de lui dire... (attendez, je ne sais si je me souviendrai bien de tout cela ) qu^elte lui est tout à fait obligée de raffection qu'il a pour elle, et qu'à cause de son mari, qui est fantasque, il gante d'eri rien faire parottre, et qu'il faudra songer à chercher quelque invention pour se pouvoir entretenir tous deux.
GEORGE DANDIN, à pari
Âh! peudarde de femme' !
LDBIN.
Tétiguienne! cela sera drôle; car le mari ne se doutera point de la manigance : voilà ce qui est de bon , et it aura un pied de nez avec sa jalousie. Est-ce pas?
GEORGE DANDIN
Cela est vrai.
LUBIM.
Adieu. Bouche cousue au moins. Gardez bien le secret, aGn que le mari ne le sache pas.
GEORGE DANDIN
Oui, oui.
Pour moi, je vais faire semblant de rien. Je suis un fin matois, et roii ne diroit pas que j'y touche.
La ressemb'IaDce de V École de$ Femmet el de George Dandin a frappé tous tes commeuiaLeurà. Gcoi^e Dandin est toujours averti ^es lofidélilésde sa t'emrae, comme Aruolpbc des ruses d'Agnès ; el cepeudaul ni l'un ni l'autre ne pcuveni léussir à surprendre les coupables ^Aimé Murtiii.l