‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 425 sur 479 · SCÈNE Iir. - GEORGE DANDIN, >eai · texte numérisé non relu

SCÈNE Iir. - GEORGE DANDIN, >eai

Hé bienl George Dandin, vous voyez de quel air votre femme vous traite! Voilà ce que c'est d'avoir voulu épouser une demoiselle! L'on vous accommode de toutes pièces, sans que vous puissiez vous venger; et la gentilhommerie vous lient les bras liés. L'égalité de condition laisse du moins à l'honneur d'un mari la liberté de ressentiment; et, si c'éloit une paysanne, vous auriez maintenant toutes vos coudées franches à vous en faire la justice à bous coups de bâton. Mais vous avez voulu tâter de la noblesse; et il vous ennuyoit d*étre maître chez vous. Ah ! j'enrage de tout mon cœur, et je me donnerois volontiers des soufflets. Quoi! écouter impudemment Tamour d'un damoiseau , et y promettre en même temps de la correspondance < ! Morbleu ! je ne veus point laisser passer une occasion de la sorte. Il me faut, de ce pas, aller faire mes plaintes au père et à la mère, et les rendre témoins, h telle fin que de raison, des sujets de chagrin et de ressentiment que leur fille me donne. Hais le» voici Tun et l'autre fort à propos.

SCÈNE IV. - MONSIEUR DE SOTENVILLE, MADAME DE SOTENVILLE, GEORGE DANDIN.

HONSIEVR DE SOTENVILLE.

Qu'est-ce , mon gendre? vous me paroissez tout troublé.

GEORGE DANDIK.

Aussi en ai-je du sujet; et...

MADAME DE SOTENVILLE.

l^lon Dieu I notre gendre, que vous avez peu de civilité, de ne pas saluer les gens quand vous les approchez !

GEORGE DANDIN

Ma foi I ma belle-mère , c'est que j'ai d'autres choses en (été; et...

MADAME DE SOTENVILLE.

Encore I est-il possible, notre gendre, que vous sachiez si peu votre monde, et qu'il n'y ait pas moyen de vous instruire de la manière qu'il faut vivre parmi les personnes de qualité?

GEORGE DANDIN

Comment? .

' Gest-à-dire dm retour, de la sympathie.

BÀO GEOHGË DANDIiV.

MADAME DE SOTElf TILLE.

Ne V0U9 déferez^vous jamais, avec moi^ de la famrliarilé de ce mot de ma belle-mére, et ne sauriez-\ous vous accoutumer à me dire madame?

GEORGE DANDIN

Parbleu 1 si vous m'appelez votre gendre, il me semble que je puis vous appeler ma belle-mère.

MADAME DE SOTENVILLE.

U y a fort à dire, et les choses ne sont pas égales. Appreaez, s'il vous plaît, que ce n est pas à vous à vous servir de oe mot-là avec une personne de ma condition j que, tout notre gendre que vous soyez, il y a grande différence de vous à nous, et que vous devez vous coimoilre.

MONSIEUR DE SOTENVILLE,

Ceo est assez, m'a mou r : laissons cela.

MADAME DE SOTENVILLE.

Mon Dieu ! monsieur de Solen ville, vous avez des indulgences qui n'appartiennent qu'à vous, et vous ne savez pas TOUS faire rendre par les gens ce qui vous est dû.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Corbicu ! pardonnez*moi : on ne peut point me faire de leçons là-dessus; et j'ai su montrer en ma vie,«par vingt actions de vigueur, que je ne suis point homme à démordre jamais d'un pouce de mes prétentions* : mais il sufBt de lui avoir donné un petit avertissement. Sachons un peu, mon gendre, ce que vous avez dans l'esprit.

GEORGE DAND1N.

Puisqu'il faut donc parler catégoriquement, je vous dirai, monsieur de Soten ville, que j'ai lieu de...

MONSIEIR DE SOTENVILLE.

Doucement, mon gendre. Apprenez qu'il n'est pas respectueux d'appeler les gens par leur nom, et qu'à ceux qui sont au-dessus de nous il faut dire monsieur tout court.

GEORGE DANDIN

Hé bien! monsieur tout court, et non plus monsieur de Sotenville^ j'ai à vous dire que ma femme me donne...

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Tout beau! Apprenez aussi que vous ne devez pas dire ma femme, quand vous parlez de notre fitle,

* ?AR. Vunt partie de mes prèle iiliont..

Page 1