‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 463 sur 479 · SCÈNE Vil. — ANGÉLIQUE, CLAUDINE · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil. — ANGÉLIQUE, CLAUDINE

ANGÉLIQUE

Rentrons sans faire de brait.

CLAUDINE

Là porte s'est fermée.

ANGÉLIQUE

J'ai le passe-partout.

CLAUDINE

OuTrez donc doucement.

On a fermé en dedans, et je ne sais comment nous ferons.

CLAUDINE

Appelez le garçon qui couche là.

ANGÉLIQUE

Colin! Colin! Colin I SCÈNE VIII. — GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE, CLAUDINE.

tiEORGE DANDIN, à la fenélre.

Colin! Colin! Ah! je vous y prends donc, madame ma femme, et vous faites des escampativos pendant que je dors! Je suis bien aise de cela, et de vous voir dehors à Theure qu'il est.

ANGÉLIQUE

Hé bien I quel grand mal est-ce qu'il y a à prendre le frais de la nuit?

GEORGE DANDIN

Oui, oui. L'heure est bonne à prendre le frais! C'est bien plutôt le chaud, madame la coquine; et nous savons toute l'intrigue du rendez^vous et du damoiseau. Nous avons entendu votre galant entretien, et les beaux vers à ma louange que vous avez dits l'un et l'autre. Mais ma consolation, c'est que je vais être vengé, et que votre père et votre mère seront convaincus maintenant de la justice de mes plaintes, et du dérèglement de votre conduite. Je les ai envoyé quérir, et ils vont être ici dans un moment.

ANGÉLIQUE, à part.

Ah ciel !

CLAUDINE

Madame I

570 GEORGE DANDIN

GEORGE DANDIN

Voilà un coup, saus doute, où vous ne vous altendiez pas. C'est maintenant que je triomphe, et j'ai de quoi mettie à bas votre orgueil , et détruire vos artifices. Jusques ici vous avez joué mes accusations, ébloui vos parents, et plâtré vos malversations. J'ai eu I>eau voir et beau dire, votre adresse toujours Ta emporté sur mon bon droit , et toujours vous avez trouvé moyen d'avoir raison; mais, à celte fois, Dieu merci, les choses vont être éclaircies, et votre effronterie sera pleinement confondue.

ANGÉLIQUE

Hé ! je vous prie, faites-moi ouvrir la porte.

GEORGE DANDIN

Non, non : il faut attendre la venue de ceux que j\ii mandés, et je veux qu'ils vous trouvent dehors à la belle heure qu'il est. En attendant qu'ils viennent, songez, si vous voulez, à chercher dans votre tète quelque nouveau détour pour vous tirer de cette affaire; à inventer quelque moyen de rhabiller voire escapade ; à trouver quelque belle ruse pour éluder ici les gens et paroître innocente, quelque prétexte spécieux de pèlerinage nocturne, ou d'amie en travail d^enfant, que vous veniez de secourir.

ANGÉLIQUE

Non. Mon intention n'est pas de vous rien déguiser. Je ne prétends point me défendre, ni vous nier les choses, puisque vous les savez.

GEORGE DANDIN

C'est que vous voyez bien que tous les moyens vous en sont fermés, et que, dans cette affaire, vous ne sauriez inventer d'excuse qu'il ne me soit facile de convaincre de fausseté.

Oui, je confesse que j'ai tort, et que vous avez sujet de vous plaindre. Mais je vous demande, par grâce, de ne m'exposer point maintenant à la mauvaise humeur de mes parents, et de me faire promplemenl ouvrir.

GEORGE DANDIN

Je vous baise les mains.

ANGÉLIQUE

Hé! mon pauvre petit mari! Je vous en conjure l

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