‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 465 sur 479 · ACTE IIl, SCÈNE VIIL · texte numérisé non relu

ACTE IIl, SCÈNE VIIL

vera niorlc, ii n'y aura personne qui melte en doute que ce ne soit vous qui m'aurez tuée; et mes parents ne sont pas gens, assurément, à laisser celte mort impunie, et ils en feront, sur voire personne, toute la punition que leur pourront offrir et les poursuites de la justice, et la chaleur de leur ressentiment. C'est par là que je trouverai moyen de me venger de vous; et je ne suis pas la première qui ait su recourir à de pareilles vengeances, qui n'ait pas fait dillGculte de se donner la mort, pour perdre ceux qui ont la cruauté de nous pousser à la dernière extrémité.

GEORGE DANDIN

Je suis votre valet. On ne s'avise plus de se tuer soi-même, et la mode en est passée il y a longtemps.

C'est une chose dont vous pouvez vous tenir sûr; et, si vous persistez dans votre refus, si vous ne me faites ouvrir, je vous jure que, tout à l'heure, je vais vous faire voir jusques où peut aller la résolution d'une personne qu'on met au désespoir.

GEORGE DANDIN

Bagatelles, bagatelles. C'est pour me faire peur.

ANGÉLIQUE

Hé bien! puisqu'il le faut, voici qui nous contentera tous

deux, et montrera si je me moque. (Après avoir raii semblant de se

tuer.) Ah ! c'en est fait. Fasse le ciel que ma mort soit vengée comme je le souhaite , et que celui qui en est la cause reçoive un juste châtiment de la dureté qu'il a eue pour moi !

GEORGE DANDIN

Ouais! seroit-elle bien si malicieuse que de s'être tuée pour me faire pendre? Prenons un bout de chandelle pour aller voir*.

■ Molière, dans ceUe scènt», s'esl inspiré de Boccace. Dans le conteur iiaii(>n, la Temme de Tofan reçoit à peu près les mêmes réponses que celle de George Dandio : < C'est temps perdu, dit-il, tu ne saurais entrer; retourne d'où tu

> viens : tu ne mettras jamais le pied dans ma maison, que je ne t'aie Tait la lionle

> que lu mérites, en présence de tes parents et de mes voisins. » La belle eut beau le conjurer d'ouvrir, en lui protestant qu'elle veuaii de chez une voisine où elle rtqit allée veiller; ses prières ne servirent de rien, son mari étant résolu de faire (•clater leur commune infamie. Les prières ne pouvant l'émouvoir, elle en viut aux menaces, et lui dit que, s'il n'ouvrait, elle allait le perdre. € El que poux-tu

> me faire? répondit le mari. —Plutôt que de souffrir, reprit-elle, la houlo

> dont tu veux me couvrir sans sujet, je me précipiterai dans ce puits. Comme lu

> passes avec justice pour un ivrogne de profession, tout le monde croira que tu

Sm GEORGE DANDIN.

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